Branle-bas de combat, ce matin, à l'entrée du chemin qui conduit à ma maison. Trois voitures sont stationnées sur le bas-côté de la route et des voix graves en grand conciliabule résonnent dans l'air humide. Alertée, Adèle lève une tête inquiète puis se redresse et quitte son coussin favori. L'affaire est d'importance. J'accours. Le maire et un adjoint observent un homme en salopette bleue mesurant à grandes enjambées la distance qui sépare la haie du macadam. "C'est faisable, conclut-il. L'adjoint grommelle dans sa moustache. Le maire opine du chef. " Ne vous inquiétez pas, me lance-t-il en voyant mon regard perplexe, c'est pour le lampadaire !"

       Un lampadaire ? En quoi un lampadaire serait-il utile ici ? Lorsque je roule de nuit, j'allume les phares de mon automobile comme prévu par le code et, surtout, parce c'est plus commode. Un lampadaire à cet endroit qui ne connaît guère autre circulation nocturne que la mienne serait parfaitement superflu. L'homme en salopette s'avance vers nous, l'oeil sévère. Sur sa poitrine, le nom de son entreprise de pose de lampadaires brille de mille feux comme il se doit.  "Ils disent toujours ça avant, explique-t-il. Après, ils sont bien contents !" Sans doute craint-il que la perte d'un lampadaire sur son contrat n'obère significativement son pécule de fin d'année; aussi le défend-il avec âpreté " De toute façon, coupe l'adjoint, ça été voté en Conseil." Foin de contestation. La démocratie est souveraine. Nul ne peut s'y dérober. "Et c'est pour quand ?" C'est l'homme en bleu qui répond. " Appels d'offres avant l'été. Demandes de subventions à l'intercommunale, au Département, à la Région, à l'Etat et à l'Union Européenne. Signatures des marchés à la Toussaint 2012. On peut démarrer les chantiers dès la nouvel an. Vous aurez votre lampadaire pour l'automne 2013." La compétence est toujours rassurante. Le maire et l'adjoint dissimule mal un soupir de soulagement.

         Lorsque les édiles et l'homme de l'art sont repartis, j'interroge internet. Le siège de notre Conseiller Général n'est pas remis en cause cette année. Par contre, les prochaines élection municipales sont prévues pour 2014. Ainsi, par une heureuse coïncidence, l'éclairage public sera-t-il porté juste à temps jusqu'au coeur même des combes les plus éloignées. En quoi l'homme, parfois,  peut se montrer  conséquent. (Roland Bosquet)