« Apportée par le vent, une feuille noircie tombe près de moi. On peut encore très bien lire ce qui est écrit : c’est une page d’un livre de catéchisme. L’église d’Oradour brûle. »C’était le 10 juin 1944. Oradour sur Glane en Limousin brûlait. Le témoignage d’Albert Valade, "La page de Catéchisme " (Éditions de la Veytizou) rappelle la vie simple et laborieuse des habitants des hameaux qui cernent le bourg jusqu’à ce jour du 10 juin 1944. Les enfants sont partagés entre l’école et les travaux des champs. La période de fenaison approche et beaucoup quitteront les cours de récréation pour aider leurs parents. Albert, lui, a quitté l’école et est assigné à la garde des vaches dans les prés en bord de Glane. De là, il aperçoit la fumée épaisse "qui obscurcit le ciel " et entend les rafales des mitrailleuses d’un détachement de la Panzer Division Das Reich de la Waffen SS. « Un bruit de mort qui porte au cœur ». Là-bas, Oradour brûle. « Oradour est un gouffre dont on ne revient pas ».

        642 victimes, hommes, femmes et enfants. Les 25 enfants de moins de quatre ans qui ont péri dans l‘église représentaient-ils un danger pour l’armée nazie ? La division Das Reich se dirigeait vers les plages normandes du débarquement allié. Pourquoi s’arrêter au cœur du Limousin ? Les historiens s’accordent pour dire que l’intention du général Lammerding était de semer la terreur. Comme il l’avait fait sur le front russe. Comme il l’avait fait partout où sa division était passée. Ils se croyaient des surhommes et croyaient vaincre par la peur ! Leurs armées seront vaincues en dépit de leurs atrocités. Ou à cause même de leurs atrocités. Leur défaite était inscrite toute entière dans cette folle course vers la mort. Toutes les armées du monde ont eu, ont et auront l’illusion de dominer de cette manière. L’arrestation de Ratko Mladic rappelle s’il en était besoin que les Oradour sont toujours d’actualité. L’Afrique et ses rivalités tribales le démontrent régulièrement. Mettez un fusil entre les mains d’un homme et persuadez-le qu’il est le plus grand et le plus fort et il retournera à l’état sauvage. Malgré deux millénaires de culture chrétienne, une Déclaration des Droits de l’Homme et deux guerres dévastatrices sur leur sol, les armées françaises ne se sont pas comportées différemment lorsque les gouvernements et la société croyaient encore à l’empire colonial. Ainsi, en 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata en Algérie, près de dix mille nationalistes trouveront la mort. En 1947 à Madagascar, près de dix mille insurgés subiront le même sort.

       Le Mas-du-Puy, Les Bordes, Orbagnac, Chez Lanie, Les Brandes…Tous ces hameaux, qui entourent le bourg d’Oradour, ont été, ce 10 juin 1944, vidés de leurs enfants. Comment retrouver ensuite une vie normale ? Il ne s’agit pas d’oublier mais simplement de vivre. Comment est-ce possible ?  En 1970, écrit Albert Valade, Maria va visiter ses morts au cimetière et s’arrête parfois à l’église pour une courte prière. Ce jour là, une discrète larme encore accrochée au coin de l’œil, elle croise une fillette et sa maman. Pourquoi pleurez-vous, Mamie ?  Ce n’est rien, ma petite. C’est lafumée !Fasse que la normalitude, à l’instar de la fumée de l’église, n’en dissipe jamais le souvenir ! (© http://roland.bosquet.free.fr)