automne

          Comme chaque année au début du mois de novembre, un village proche de ma vallée organise une grande manifestation éminemment champêtre autour du saucisson, du cidre doux et des châtaignes. A l’invitation du Comité des Fêtes, j’y participe régulièrement en qualité de voisin. C’est ainsi que j’arrive, ce dimanche passé, aux environs de tierce, au milieu de ces "Saveurs d’automne" qui ont envahi la rue principale. Depuis un camion-podium, une sonorisation crachotante diffuse des refrains populaires. Le bonimenteur n’hésite pas à la couper régulièrement pour vanter les innombrables mérites des chaussures chaussantes, des meubles d’ébénistes qui travaillent comme autrefois, des légumes bios de producteurs locaux ou des bourriches remplies de cochonnailles bien de chez nous. Les exposants finissent d’installer leur marchandise sur une planche abritée sous une toile multicolore. Mais le charcutier est fin prêt pour sa première démonstration de fabrication de boudin et notre animateur d’inviter les curieux à s’agglutiner devant son stand. Ils passeront inévitablement devant l’étal du boulanger dont les miches croustillantes exhalent de chaudes odeurs de pain frais juste sorti du four. Ils ne sauraient éviter le forgeron qui forge, "à l’ancienne", quelque dessous de plat de fer à grands coups de marteau sur son enclume tandis qu’un gamin, peut-être le sien, actionne le soufflet en rigolant. L’apiculteur des Monts et l’arboriculteur en pommes à couteau finissent par s’entendre sur la taille de leur emplacement respectif. Un couple d’éleveurs d’animaux de la ferme pour appartements de ville tels que porcelet noir, cochon d’Inde, perruches bavardes, inséparables inséparables et chats "de race", se chamaillent joyeusement dans un vocabulaire châtié que des parents responsables se devraient de réprouver. Le calme reviendra vite avec l’arrivée sur les lieux du premier adjoint au maire le sourcil froncé et l’œil réprobateur. Mais un coup de vent muni de sa cargaison de giboulées glaciales disperse les visiteurs qui se replient dans l’église. Et c’est précisément là que sont réfugiés les acteurs de la rubrique art et culture. Les peintres sur soie, sur bois, sur verre, les émailleurs sur cuivre, les sculpteurs de ronds de serviette en bois avec le prénom de l’enfant et les auteurs de la région. Nous sommes deux. Recroquevillés dans notre manteau au bout de la table la plus éloignée de la porte. J’ai moi aussi procédé à l’étal de petites histoires à côté de mon voisin qui en est déjà à son troisième café. Chassés de la rue par la pluie, les chalands viennent instinctivement vers nous. Quel temps d’chien ! Une conversation qui se respecte commence toujours par des considérations bougonnes sur le mauvais temps, la vie chère et le gouvernement. On entre ensuite dans le cœur du sujet : la rencontre. Voilà pourquoi j’aime bien, de temps à autre, participer à ces festivités. Elles se révèlent souvent bien plus enrichissantes que les grand-messes du livre dont se gargarisent les journaux. On y échange réellement et avec chaleur avec de vrais gens comme vous et moi. Et le monde, alors, commence à tourner un peu moins mal.