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      Mon courtil affiche une mine éclatante : il profite avec gourmandise du réchauffement climatique. Pourtant, constatant un manque à gagner d’au moins 0,09% dans leurs prévisions, les scientifiques s’interrogent. Certes les particules de poussières rejetées par les volcans comme l’islandais Eyjafjöll porteraient une part de responsabilité dans ce différentiel. Il n’en demeure pas moins que le ralentissement de l’augmentation de la chaleur ambiante sème le désordre. À moins que le chiffre de 2° à ne pas dépasser ne soit pas aussi impératif qu’il en donne l’impression. Pourquoi 2° ? Pourquoi pas 1,9° ? Pourquoi pas 2,10° ? Les bouleversements attendus seraient-ils plus ou moins catastrophiques ? Mes poireaux pousseraient-ils moins vite avec 1,9° de plus que la moyenne du siècle précédent ? Mes radis roses lèveraient-ils moins tard ? Mes tomates, débarrassées des néfastes influences des cendres volcaniques, mûriraient-elles dès avril ? Mes haricots fleuriraient-ils encore en octobre ? On voit combien ces questions sont lourdes de conséquences. Hélas, nul ne sait actuellement y répondre et les scientifiques eux-mêmes, pourtant si fermes dans leurs certitudes, avouent leur ignorance. Il faut toutefois relativiser les répercussions du réchauffement climatique sur les dates de mûrissement de mes cultures. Celui-ci n’est en effet prévu produire tous ses effets délétères qu’à l’échéance du siècle en cours. Or il est peu probable que je cultive mon jardin jusqu’à cette date reculée. Certes, l’une de mes tantes vient de célébrer son 108ème anniversaire dans un état physique et mental absolument remarquable. Au grand dam de mes héritiers lorsque je menace de l’imiter, il n’est pas impossible qu’à titre de neveu, par ailleurs assidu et respectueux, je bénéficie moi aussi du même gène de longévité. Il ne me porterait pas, malgré tout, aussi loin dans l’Histoire. On peut donc estimer que je ne verrai pas la mise en place effective de ces fameux 2° et que je ne pourrai donc en vérifier personnellement la pertinence. Quoi qu’il en soit, et afin qu’on ne puisse pas m’accuser de participer de quelque manière que ce soit au déclin de notre glorieuse civilisation, j’ai décidé d’arrêter à partir d’aujourd’hui tout travail risquant, selon la loi fondamentale de la thermodynamique, de dégager de la chaleur. Quant à l’augmentation de la population mondiale, l’ONU vient de réviser ses prévisions et estime qu’elle progressera plus vite encore que le réchauffement climatique jusqu’à atteindre à la même date, le chiffre fatidique de 11 milliards d’individus. On ne pourra pas dire alors que je n’aurai pas fait ce que je pouvais pour qu’il n’atteigne pas cet Himalaya dont les neiges éternelles auront, par ailleurs, pratiquement fondu. Ce qui en facilitera l’escalade et, par-là même, augmentera les risques de chutes mortelles, diminuant d’autant l’accroissement de la population. À moins que…En attendant, le monde poursuit sa marche clopin-clopant, sur le chemin de son avenir.

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