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         Afin que chacun se sente concerné. Parce les psychologues ont dit et répété qu’il faut en parler. Entre soi, entre nous, aux enfants et peut-être même à son chat. Le conseil municipal des jeunes du village a organisé une réunion dans la salle des fêtes afin d’évoquer le réchauffement climatique. Sans langue de bois, sans ambages, sans détours ni contours, sans préjugés. On parla donc. On parla d’abord, bien sûr, des attentats de novembre, de ceux de janvier, de ceux qui ont endeuillé le Liban, la Tunisie, le Mali, le Tchad, le Nigéria et le Cameroun et dans tant d’autres contrées dans le monde. On parla avec de grandes et belles phrases chargées d’émotion des victimes, des jeunes, de la liberté, de la musique, mais succinctement tant les goûts sont divers et opposés entre les générations, des discothèques, des terrasses des cafés. On parla aussi des terroristes, des djihadistes et des islamistes. Mais seulement pour dire que c’est incompréhensible d’en arriver là. On parla même d’idéal de vie, d’avenir, d’emploi, de travail et de chômage, mais pas trop à cause des nombreux chômeurs demeurant sur la commune. On parla de la famille. Des familles décomposées et des familles recomposées. Mais pas trop non plus à cause du grand nombre de veuves et de célibataires isolés dans leurs hameaux désertés. On en vint ainsi tout naturellement à parler de la vie à la campagne. Des glaïeuls qui fleurissent en novembre, de la pelouse qu’il faut encore tondre comme au printemps, des chrysanthèmes et des géraniums qui n’ont pas résisté aux premières gelées matinales, des haies qui ont tellement poussé qu’il faut les tailler deux fois par an. En un mot, du temps qui change au regard des années d’autrefois où les saisons étaient encore de vraies saisons, de l’eau du lavoir que le givre prenait de la Toussaint jusqu’au printemps, des engelures aux mains et aux pieds lorsqu’il fallait aller à l’école à pied malgré la froidure et la neige. Et que, tout compte fait, si c’était globalement mieux avant, ce n’est tout de même pas si mal non plus aujourd’hui. Le réchauffement climatique n’a pas que du mauvais, avança une voix du fond de la salle dans le but sans doute d’approcher du sujet. On parla alors des pauvres gens chassés de chez eux par les inondations, de l’étang municipal qui n’a pas débordé cette année, des fossés qui sont mal entretenus, du ruisseau de la Betoulle qui n’est plus qu’un mince filet d’eau, des poissons qui désertent les rivières, de l’incendie qui a ravagé la lande mais qui fut moins violent que celui de 1955. De toute façon, dit Céline, la fille du pharmacien, ça concerne la Terre tout entière ! Et on parla des cyclones et des tornades, des tempêtes de neige et de la banquise qui fond, des déserts qui avancent et des forêts qui reculent. Le dernier des feuillardiers encore en vie au Pays profita de l’occasion pour regretter la disparition de son arbre préféré qui, selon lui, sera bientôt remplacé par le chêne vert et le pin maritime. On se récria, bien sûr. Et les châtaignes ? Mais le petit-fils du maire qui fait l’École Nationale d’Agriculture confirma en ajoutant que les pommiers eux-mêmes commencent à souffrir. Ce qui prouve bien que le monde change. D’abord, conclut du haut de ses 18 ans tout juste sonnés le fils du directeur de l’école communale, dans son discours d’ouverture de la COM21, le Président a dit qu’il fallait un accord universel. L’échotier du quotidien régional, en habitué des recherches du mot juste, a fait remarquer qu’il n’y a, à Paris, aucune délégation des autres planètes de l’univers. Soit elles ne se sentent pas concernées soit… On rit et on évoqua alors les fusées et les étoiles. La fillette de la tenancière du bureau de tabac-presse demanda si c’est vrai qu’il y a des étoiles mortes dans le ciel. Le boulanger qui aime à observer l’espace avec sa lunette pendant que sa pâte lève a confirmé. Alors, comment des étoiles mortes peuvent-elles briller autant ? Hélas, a dit le maire, un jour le ciel et le Pays pourraient être envahis par la force brune  qui éteindra tout ! Il appartiendra alors à chacun d'agir comme il convient pour éclaircir l'avenir. Ce qui nous laisse encore bien des choses à penser.

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