20juin

     À l’époque lointaine où je fréquentais encore l’école communale, l’un des élèves était désigné par le maître pour relever, chaque matin, les températures extérieures et noter sur un cahier les caprices du baromètre de Bourdon. Il suffit, de nos jours, de consulter les services de la météorologie sur internet ou d’écouter religieusement la "dame de la météo" à la Télévision. Elle se montre hélas si peu précise que je ne l’ai jamais entendue m’informer de la température dans mon courtil. Elle peut, par contre, non seulement me donner celle que je pourrais constater, comme hier, sur mon propre thermomètre accroché à son clou au montant de la porte de ma cuisine mais également celle que je ressens. En effet, et Loulou le filou le regrettait lui aussi l’hiver dernier, les thermomètres extérieurs n’ont aucun état d’âme. Ils ne constatent jamais que l’état de dilatation des atomes de mercure prisonniers du tube de verre qui les accueille. Qu’il gèle à pierre fendre ou que la canicule s’abattent sur votre maison, il ne vous renseignera jamais sur votre ressenti. On voit par-là combien il est important de subir les publicités qui précédent le Journal Télévisé. Sans lui, vous ne sauriez pas exactement de quoi vous plaindre. Or, s’il suffit de se réfugier devant sa cheminée où ronfle une belle flambée de frêne ou de châtaignier lorsque vous ressentez du froid, l’attitude à adopter en cas de chaleur dépassant les "normales saisonnières" est plus complexe. Cependant, si vous parvenez à écouter la présentatrice du dit Journal Télévisé jusqu’au bout sans vous assoupir, vous pourrez entendre les précieux de conseils des spécialistes de la rédaction sinon même dépêchés tout exprès du grand Hôpital National et Européen tout proche. Ainsi, si vous travaillez sur des chantiers extérieurs comme les voies de chemin de fer, les constructions d’immeubles ou de maisons particulières ou d’adduction d’eau, de gaz et d’électricité, on vous conseillera de demeurer à l’ombre. Hélas, les travailleurs qui exercent ces saines acticités de grand air sont rarement disponibles aux bonnes heures. C’est pourquoi vous en verrez toujours qui, bravant les meilleures recommandations, continuent à s’exposer aux rayons du soleil et à leurs terribles ultra-violets. Si vous exercez votre profession dans un bureau, choisissez de préférence une entreprise assez cossue pour offrir à son personnel un lieu de travail climatisé et même, si possible, paysagé de plantes vertes telles que sansevieria et autres pléomèle ou, mieux, de plantes dépolluantes telles les crassula et les rhipsalis. (Attention, les DRH ne savent pas toujours si c’est le cas, se renseigner alors auprès des délégués syndicaux). Si vous avez atteint l’âge canonique de la retraite, il vous sera conseillé de rester assis sur votre canapé. Mais comme il vous faut aussi marcher pour stimuler votre circulation sanguine et soigner votre diabète, vous devrez malgré tout faire quelques pas.  Ne sortez alors qu'à "la fraîche" et dument coiffé de votre chapeau. Le chapeau de paille est, à ce titre, fortement recommandé contrairement au bonnet de toile. Il favorise en effet l’évaporation de la sueur qui, si elle s’accumulait, risquerait de hâter la chute de vos derniers cheveux blancs. En tout état de cause et en toutes situations, il est évidemment préconisé de boire. Et de boire beaucoup. Donnez la priorité à l’eau. Mais si votre voisin toque à votre porte pour s’enquérir de votre santé, vous pourrez alors déboucher la bouteille de vin rosé que vous aviez glissé dans votre réfrigérateur. À condition, bien sûr de n’en user qu’en bon père de famille et avec modération. On voit par-là combien la situation caniculaire actuelle laisse bien des choses à penser.