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     Assemblée générale annuelle de l’association "Accueil au village". Malgré le vent et la pluie, une cinquantaine de participants se partagent les chaises au confort tout relatif de la salle des fêtes. On se salue, on se congratule, on se plaint des dégâts causés par la tempête de solstice, arbres décapités, toitures endommagées, champs inondés, tout en échangeant les nouvelles des anciens, des enfants et des petits-enfants. Après le rapport moral et financier de la Présidente, le vote d’approbation n’est qu’une formalité lorsque le maire prend la parole à son tour. Il recherche des adresses pour recueillir deux familles de migrants égarées dans le canton.

      Les questions fusent. Combien d’adultes, combien d’enfants, d’où viennent-ils, que mangent-ils, parlent-ils français ? Le maire tente d’abord de retracer leurs parcours. L’une des familles a remonté la moitié de l’Afrique de l’Est et traversé le Sahara. Mais il lui a fallu attendre plusieurs semaines l’arrivée du père retenu en quelque endroit au nom imprononçable. Il s’était perdu ? Il a été vendu comme esclave ? Il a été fait prisonnier par des trafiquants ? Ces interrogations reflètent bien sûr ce que l’on entend ou voit à la télévision. Mais on s’inquiète surtout de la santé des enfants, de la mère, de la tante qui les accompagne. Comment sont-ils arrivés ? Dans un de leurs petits bateaux qui coulent ? Ils ont été sauvés et pris en charge par les marins italiens ! Ils ont franchi les Alpes à pied avant d’être recueillis par des frontaliers. Les autres viennent de plus loin encore et en ordre dispersé. Ils ont passé plusieurs frontières, survécu aux attaques de djihadistes, ont été renvoyés dans leur pays par des militaires mais sont parvenus malgré tout jusqu’en Lybie. Tous ont suivi depuis des filières de bénévoles charitables et maintenant ils sont chez nous. Ils sont pauvres et épuisés mais les hommes sont prêts à donner un coup de main à ceux qui les accueilleront. L’ancienne directrice de l’école privée propose de leur apprendre des rudiments de français. Le mécanicien dit qu’il aurait bien besoin d’un aide. Un artisan d’entretien de jardins également pour l’élagage des haies. La secrétaire de mairie offre la maison de sa belle-mère partie en maison de retraite. L’ancien pâtissier, dont le magasin est toujours fermé faute de repreneur, affirme pouvoir en héberger un ou deux. La propriétaire d’un gîte est volontaire aussi mais on lui rétorque qu’il est perdu dans la montagne. Ici, à 500m d’altitude on est à la montagne. Et puis, là-haut, les portables ne passent pas ! Qu’est-ce qu’ils mangent ? s’inquiète de nouveau la cantinière de l’école. La boulangère fournira gratuitement du pain pour la première semaine. L’infirmière à domicile évaluera l’état de leurs plaies éventuelles et leur état de santé en général. De toute façon, ils seront examinés par les médecins de l'hôpital voisin. Ils arrivent quand ?

       En dépit de tous les grands discours dont se repaissent à satiété les radios, journaux et télévisions, il n’est question ici ni de couleur de peau ni de religion. Ici, on sait accueillir. Pendant la guerre, rappelle l’ancien secrétaire de mairie, mes parents avaient hébergé des réfugiés qui fuyaient la zone nord et même des Alsaciens qui se cachaient. Chez nous, le visiteur du soir trouvera toujours une place devant la cheminée, une soupe chaude, un quignon de pain et du fromage. Ches nous, conclut la vieille mère du boucher, on ne laisse pas les gens dans la peine ! Le maire remercie l’assistance par un petit laïus improvisé qu’il termine par une belle phrase que l’on devrait ajouter au fronton des mairies : transformer les chemins de la misère en routes de la liberté. ( Lire aussi sur le sujet Jacques Attali)  (Photo Montrol-Sénard) 

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