Bibliotheques

        Après plusieurs mois de travaux intensifs, selon les termes du directeur technique, la Médi@thèque de la sous-préfecture d’un département voisin inaugure, à l’occasion de la semaine de la francophonie, la réouverture complète de ses services. Outre le Maire, son ineffable adjointe à la Culture et au Patrimoine et quelques conseillers préparant leur prochaine réélection, sont présentes plusieurs personnalités locales. La Sous-Préfète, le Président du Conseil Départemental, le Député de la circonscription, le Conseiller Départemental, le Président de l’Association des Amis de la Médi@thèque, le directeur du Théâtre Municipal, l’inénarrable Directeur du Service Municipal des Sports et des Loisirs car il ne saurait y avoir de corps sain sans tête bien pleine, le délégué de la Société des Auteurs accompagné de quelques confrères du cru et d’amoureux anonymes de la lecture. Ainsi, bien sûr, que les échotiers des quotidiens régionaux avec leur appareil photo.

       Après les inévitables et vibrants discours des uns et des autres rappelant, s’il en était encore besoin, les bienfaits de la lecture en particulier et de la culture en général, le petit personnel, plus habitué à tapoter sur un clavier qu’à passer les plats, se fraie un chemin dans la petite foule agglutinée devant le buffet pour servir qui du vin blanc-cassis, qui du jus d’orange, qui des petits fours à la courgette, qui des éclairs au chocolat longs comme l’auriculaire. On se congratule, on s’interpelle, on partage des plaisanteries formatées, on rit, un peu, on échange des adresses et des commentaires désobligeants. Lorsque le jeune et fringant Premier Adjoint en personne explique à la cantonade qu’une visite des nouveautés est proposée aux téméraires.

      Nous découvrons ainsi qu’en lieu et place de l’antique salle des expositions où l’on accrochait jadis aux cimaises des toiles de maîtres ou des photographies en noir et blanc, un véritable "show-room" participatif a été créé afin de mettre en valeur les performances d’acteurs d’avant-garde de l’art post-contemporain avec musiques cacophoniques et éclairages alternatifs. Nous avons voulu, précise notre guide, moderniser la notion même de bibliothèque demeurée jusqu’ici prisonnière d’une vision étriquée et passéiste de la transmission du savoir et offrir, dans un environnement adapté aux besoins actuels et futurs des usagés, une véritable enceinte de "coworking".  

        « Ici, on partage tout, les ordinateurs, les documents, les archives, les connaissances et les idées et on élabore des projets dans la plus totale "conviviality". Les "books" eux-mêmes, lorsqu’en dernier recours, leur utilisation reste indispensable, sont mis à disposition sur des étagères "open" avec un "coaching" assuré par une "home auxilary". Là-bas, vous avez un "playground" où, sous la garde d’une "baby-sitter", les enfants peuvent s’adonner à des "games" éducatifs en "live" sur des tablettes de format "tabloïd", où les informaticiens peuvent se détendre en jouant au "baby-foot" et les retraités au bridge. Plus loin, est installé un "Corner Food" dont la gestion a été confiée à un professionnel de la restauration rapide mondialement connu où ouvriers et employés pourront se restaurer le midi à moindre coût et il a même été prévu une "sunnyroom" pour lire en toute tranquillité tout en compensant le manque de soleil en hiver ou en préparant les bronzages de l’été. Comme vous le voyez, on peut désormais passer ici toutes ses journées sans s’ennuyer ! »

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