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On parle dans les rédactions de marronnier. Chaque année à l’approche de Pâques et sur décret ministériel de l’Éducation Nationale, des hordes de citadins tentent d’échapper aux néfastes influences de la vie citadine pour aller respirer le bon air des arbres de province. De longues files de véhicules se précipitent dès le lever du jour sur les routes de notre bel hexagone pour plonger sans perdre de temps dans la saine et revigorante chlorophylle. Oubliées dès lors les belles bouffées de gaz à effet de serre et de particules cancérogènes lâchées dans l’atmosphère ! L’important est de retrouver la nature au plus vite !

Mais midi arrive. Sur la banquette arrière, les enfants chahutent, ils ont faim. C’est le moment de respecter une pause. Ils pourront gambader joyeusement sur le bitume mais avec vue sur un village dont on aperçoit le clocher à l’horizon avant de déguster un nuggets-frites-coca revigorant. Profitant du calme retrouvé, le père passera le chiffon sur le pare-brise de sa voiture pour le débarrasser des cadavres de moucherons accumulés depuis le départ. Sauf qu’il n’y a plus guère, de nos jours, de moucherons sur les pare-brise !

Chacun sait combien les gestionnaires des autoroutes sont attentifs à la sécurité des usagers. Les abords sont tondus deux fois l’an, la signalétique est régulièrement mise à jour, et les détritus jetés par les automobilistes indélicats sont ramassés. Mais le personnel d’entretien n’est en rien responsable de la disparition des moucherons.  Ce sont les agriculteurs qui exploitent les champs alentours qui s’en chargent.

Ils y répandent en effet tout au long des saisons moult pesticides, herbicides et fongicides pour éradiquer mauvaises herbes, champignons et autres vecteurs de maladies qui risqueraient de contrarier la croissance de leurs cultures. La méthode est efficace et les rendements au rendez-vous. Elle contribue même à éliminer les moucherons qui n’encombrent plus, désormais, les pare-brise des automobiles. Hélas, les conséquences de cette éradication dépassent très largement le cadre agricole et autoroutier.

Les spécialistes qui comptabilisent la quantité d’insectes volants, courants et rampants qui s’épanouissent dans nos régions européennes estiment que 25% d’entre eux auraient disparu dans le dernier quart de siècle. Certes, ils ne les connaissent probablement pas tous encore et leur nombre total peut être plus élevé. Certes, les militants de l’optimisme à tout crin se satisferont des 75% restants. Certes, les grincheux qui n’aiment ni les punaises, ni les cancrelats, ni les doryphores dont les larves dévorent les feuilles de leurs plants de pomme de terre se réjouiront. Mais les oiseaux, eux, voient leur quantité de nourriture se contracter d’année en année. Craignant de ne pouvoir alimenter leur nichée lorsqu’arrive le printemps, ils en limitent le nombre. Et c’est ainsi que l’on rencontre de moins en moins de moineaux, pinsons et mésanges charbonnières dans les haies de nos campagnes.

Conscients de ce déficit de diversité et conscients de son aggravation probable, les protecteurs de la nature ont donc inventé le réchauffement climatique afin d’adapter nos climats aux exigences des moustiques des pays tropicaux qui pourront alors proliférer et réapprovisionner ainsi le garde-manger de la gent ailée. Certes, nous aurons à craindre de plus en plus de démangeaisons mais les oiseaux pourront au moins égayer de nouveau nos frondaisons de leurs chants mélodieux !

Mais notre père de famille rappelle à sa basse-cour les dures exigences de la moyenne à respecter pour arriver avant la nuit chez les grands-parents qui attendent leurs "chic-ouf" avec impatience et appréhension mêlées. Sachant toutefois que le nombre des radars en fonctionnement a, quant à lui, diminué de 75% grâce à qui vous savez, il pourra augmenter sa vitesse en conséquence et peut-être ainsi arriver pour le repas du soir.

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