20 novembre 2018

La cohérence des choses.

    Au bout du chemin creux qui longe mon courtil, il est un ru de peu. Il sourd discrètement quelques perches plus haut d’une énorme rocaille, dévale la colline, s’égare dans les genêts comme s’il voulait s’y perdre, serpente paresseux entre ajoncs et bruyères puis creuse enfin son lit dans le sous-bois de chênes avant de se jeter dans l’ombre de la combe où dort entre ses vergnes un pacifique étang de modeste fortune.  Or il m’est arrivé au détour de flâneries d’apercevoir parfois un linge agrippé aux buissons qui... [Lire la suite]
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13 novembre 2018

L'hiver sera rude

Le vieux chêne, immense, semble vouloir garder la lumière pour lui seul. Mais en fin de matinée, il consent généralement à en abandonner une part à la maison de Joseph. Pour l’heure, la brume enveloppe encore ses entours et le vent de traverse dessine çà et là des fantasmagories de rêve et de poésie. Les cloches de l’église sonnent tierce lorsque je frotte scrupuleusement mes chaussures contre la pierre du seuil, m’ébroue comme un chien qui sort de l’eau et toque à la porte. Entre et ferme donc, me crie la voix éraillée de... [Lire la suite]
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06 novembre 2018

Serge Joncour. Meurtris de corps et d'âme.

     De tristes froidures plongent mon courtil dans une grisaille toute automnale. Pour réchauffer l’air frisquet, une petite flambée d’acacia fume dans la cheminée et, à la radio, le Quatuor Amadeus égrène le deuxième mouvement andante con moto du quatuor à cordes n°14 en ré mineur de Franz Schubert. Ma jeune amie Anaïs est assise dans le canapé, mon chat César allongé de tout son long d’un côté et moi recroquevillé à l’autre bout. C’est heure de l’histoire en attendant l’arrivée de Papa. Comme la dernière fois... [Lire la suite]
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30 octobre 2018

Des hauts et des bas.

  Amoureux déçu de la Belle Meunière, le brave apprenti du poète allemand Wilhelm Müller était écœuré par la fade couleur verte qui habille pourtant si bien nos forêts au printemps revenu. Que n’avait-il attendu l’automne ! Sur le chemin qui me conduit chez mon amie Marthe Dumas au mas du Goth, les fougères dressent leurs hampes roussies, les vignes vierges dessinent dans les haies de longues guirlandes bordeaux luisantes de rosée et les charmilles ponctuent les futaies d’esquisses dorées. Hélas, en dépit du réchauffement... [Lire la suite]
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23 octobre 2018

Foie gras, Tharaud et Beethoven

     Nos ancêtres s’appliquaient hier à faire couler les fleuves de ville en ville afin de faciliter les échanges commerciaux, la circulation des idées et le tourisme de masse pour ceux qui n’en ont pas. Ainsi l’honorable cité de Périgueux, chef-lieu du département de la Dordogne, préfecture à plein titre et siège de l’évêché avait su prospérer tout en déployant ses monuments, ses administrations et ses supermarchés à l’écart des grandes voies modernes de communication avec entrée payante automatisée et paysages... [Lire la suite]
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16 octobre 2018

Tortueuse perversion

     Lorsqu’ils traçaient leurs sentiers de ferme en ferme et de bourg en bourg, les paysans de jadis avaient à cœur de respecter les vieux chênes centenaires, les ormes majestueux et les solides fayards qui peuplaient déjà nos contrées lorsque Rome abattit ses légions sur la Gaule. Les routes en ont conservé un goût prononcé pour le vagabondage entre champs et châtaigneraies. Je parviens enfin à atteindre la vitesse folle de quatre-vingt kilomètres par heure sur une courte ligne droite lorsque, soudain,... [Lire la suite]
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09 octobre 2018

Humeur

J’ai parfois un peu honte de ma génération. Celle qui célébra ses vingt ans  les pavés de mai 68 à la main. Née après la guerre, elle n’en connut pas les restrictions de nourriture et de liberté. À la Libération, le Pays était à reconstruire. Elle en devint d’autant plus précieuse aux yeux de la société qui inventa la Sécurité Sociale pour qu’elle soit mieux soignée et grandisse dans les moins mauvaises conditions. Un Président du Conseil fit même distribuer du lait dans les écoles publiques pour pallier, au moins... [Lire la suite]
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02 octobre 2018

Mozart ou AC/DC ?

Depuis la cuisine, la maîtresse de maison nous raconte à grand renfort de superlatifs la dernière aventure de son petit-fils. Mais l’orchestre symphonique de Baden-Baden lance le finale de la Jupiter de Mozart avec tant de vigueur qu’elle noie l’épilogue dans une confusion toute wagnérienne. Comme chaque année, nous célébrons chez mes voisins agriculteurs, Hélène et Sébastien, la fin de l’été, le départ des vacanciers et l’annonce du retour des moutons dans les prairies proches de la ferme. La sécheresse n’a guère épargné le refus,... [Lire la suite]
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25 septembre 2018

Le bal des chroniqueurs

      César est revenu de sa virée nocturne alors qu’en ces premiers jours d’automne le soleil hésite déjà à éclairer la vallée. Chose étrange pour une fois, il a patienté sur le perron de la cuisine sans réclamer de sa belle voix de gorge que je consente enfin à ouvrir la porte. Serait-il soudain rongé par les scrupules ? Il ne s’en est pas moins précipité vers sa gamelle de croquettes avant de gagner le canapé à pas de sénateur et de s’y adonner à sa grande toilette matutinale coutumière. Je dispose... [Lire la suite]
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18 septembre 2018

Le prix d'un moineau

La Marche nuptiale du Songe d’une nuit d’été de Félix Mendelssohn donné la semaine passée à l’Opéra-Théâtre de la Grande Ville trotte dans ma tête comme une ritournelle. La mise en image, comme elle dit, de Juliette Deschamps était audacieuse et originale. L’Orchestre Symphonique de Bordeaux-Aquitaine conduit par Paul Daniel n’en a pas moins respecté le compositeur et Shakespeare lui-même. Ici, également, l’été est fini. Les récoltes estivales sont achevées depuis longtemps. Les moutons paissent dans les prairies. Les vaches... [Lire la suite]
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