Chroniques d'un vieux bougon

16 octobre 2018

Tortueuse perversion

perversion

     Lorsqu’ils traçaient leurs sentiers de ferme en ferme et de bourg en bourg, les paysans de jadis avaient à cœur de respecter les vieux chênes centenaires, les ormes majestueux et les solides fayards qui peuplaient déjà nos contrées lorsque Rome abattit ses légions sur la Gaule. Les routes en ont conservé un goût prononcé pour le vagabondage entre champs et châtaigneraies. Je parviens enfin à atteindre la vitesse folle de quatre-vingt kilomètres par heure sur une courte ligne droite lorsque, soudain, jaillissant du sous-bois, deux chevreuils traversent la chaussée. Mes reflexes de jeune homme me permettent d’éviter un choc fatal. Je lâche néanmoins un inutile "pouvez pas faire attention ?" 

Retrouvant rapidement les virages habituels, je me reproche malgré tout mon apostrophe. Les deux bêtes, probablement très effrayées, ont certes traversé ma route mais c’est tout de même d’abord ma route qui traverse leur territoire. Un territoire que leurs ancêtres occupaient déjà bien avant l’arrivée de Cro-Magnon lui-même ! Quelle perversion de l’esprit m’a ainsi égaré ?

De même entend-on régulièrement des automobilistes se plaindre des radars qui les verbalisent lorsqu’ils dépassent la vitesse limitée par le code de la route. "Ils" les plantent là pour remplir les caisses, disent-ils ! Peut-être ! Mais aucune loi n’oblige l’automobiliste à dépasser les vitesses limitées. Et c’est précisément parce qu’il a tendance à les dépasser que ces radars sont mis en place. Quelle perversion de l’esprit conduit donc le contrevenant à penser le contraire ?

Depuis cent ans, les campagnes se dépeuplent. L’industrialisation a offert aux paysans, certes un travail souvent pénible mais ils en avaient l’habitude, mais surtout un revenu régulier fut-il trop souvent maigre. Devenus ouvriers, ils sont naturellement allés vivre à la ville auprès de leurs usines. L’eau, le gaz et l’électricité à tous les étages apportaient aux ruraux un réel confort. Loger en HLM fut, à une époque, une forme de promotion sociale. Les villages d’aujourd’hui ne sont plus guère habités que par quelques retraités revenus vivre au Pays ou quelques réfractaires à la vie citadine trop peu nombreux pour justifier d’aussi abondants services publics qu’autrefois, services publics dont ils usent d’ailleurs de moins en moins par la grâce d’internet. Quelle association rurale de parents d’élèves n’a jamais manifesté contre une fermeture de classe ? S’ils faisaient plus enfants, rétorqua un jour cette grand-mère aux cinq maternités, il y en aurait plus dans les écoles qui resteraient ouvertes ! Par quelle perversion de l’esprit les jeunes couples pensent-ils le contraire ?

Le déficit de l’État est endémique. Or tout ménage sait bien qu’il ne peut durablement dépenser plus qu’il ne gagne. Mais tout ménage se plaint aussi et à la fois de l’importance de l’impôt sous toutes ses formes et du manque de moyens de l’Hôpital, de la Police et de la Fonction Publique en général. Quelle perversion de l’esprit conduit ainsi les entendements sur les chemins de l’incohérence ?

Mais j’arrive chez mon ami dont la maison se dresse sur l’une des plus hautes collines des Monts. Depuis ce promontoire, la vue sur la vallée est grandiose. L’automne commence à roussir les futaies et ajoute ses teintes fauves au caléidoscope des verts les plus pâles aux verts les plus profonds. Un tableau chamarré où la route dessine la saignée argentée d’un labyrinthe tortueux comme une perversion de la pensée. 

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09 octobre 2018

Humeur

humeur

J’ai parfois un peu honte de ma génération. Celle qui célébra ses vingt ans  les pavés de mai 68 à la main. Née après la guerre, elle n’en connut pas les restrictions de nourriture et de liberté. À la Libération, le Pays était à reconstruire. Elle en devint d’autant plus précieuse aux yeux de la société qui inventa la Sécurité Sociale pour qu’elle soit mieux soignée et grandisse dans les moins mauvaises conditions. Un Président du Conseil fit même distribuer du lait dans les écoles publiques pour pallier, au moins officiellement, aux derniers problèmes de malnutrition.

Trop jeune pour être envoyée sur les champs de bataille de la décolonisation, cette génération n’en connut pas les affres et les douleurs. Mais elle piaffait d’impatience face à ce monde qui s’ouvrait devant elle. Nombreuse et ardente, elle bouscula bientôt l’ordre établi. D’abord pour obtenir pour les garçons le droit de visite dans les dortoirs des filles afin de mieux préparer dans la collégialité les examens à venir. Puis pour mettre en pratique les nouvelles libertés offertes par les études universitaires et la pilule contraceptive. Il ne fallut pas longtemps aux "révolutionnaires" pour s’emparer des leviers de commandes dans les administrations, les entreprises et l’État.

C’est alors que l’on prit conscience qu’il devenait choquant pour ne pas dire pitoyable et injuste de laisser vivre les vieux avec le maigre pécule qu’on leur abandonnait à leur mise au placard quelques années seulement avant leur mort. On augmenta progressivement cette pension inventée au sortir de la guerre. Ceux-là qui avaient connu, eux, les souffrances de la déportation, des stalags ou de l’occupation nazie et avaient travaillé dur pour élever, former et éduquer ces nouveaux et brillants actifs, méritaient bien de pouvoir couler leurs derniers jours décemment. Le principe en est simple. Celles et ceux qui travaillent cotisent pour abonder les caisses destinées aux retraités. Mais ces prélèvements solidaires sur les revenus pesèrent bientôt trop lourdement sur les porte-monnaie avides de loisirs. On finança sans vergogne par l’emprunt. Les générations suivantes n’auront qu’à se débrouiller !

En 1914, un ouvrier ou un paysan vivaient, en gros, 500 000 heures. Comme ils travaillaient 200 000 heures et dormaient autant, il leur restait 100 000 heures pour apprendre, aimer, prier, boire, lire, écouter de la musique, rire, voyager. En un mot pour vivre. Aujourd’hui, l’espérance de vie est, en gros, de 700 000 heures. Nous ne travaillons plus que 70 000 heures et nous étudions 30 000 heures. Comme nous dormons deux heures de moins par jour que nos anciens, il nous reste 400 000 heures pour aimer, prier, boire, lire, écouter de la musique, rire, voyager. En un mot, pour vivre. Et que faisons-nous, nous que les étoiles ont plutôt favorisés ? Nous nous plaignons !

    Nous nous plaignons du vent, de la pluie, de la canicule, de la sécheresse, du mauvais temps en général après avoir allègrement œuvré à démultiplier la pollution et le dérèglement climatique. Nous nous plaignons des ralentissements de la circulation à la campagne comme à la ville. Nous nous plaignons de n’avoir pas de fraises à noël pour accompagner nos délires de consommation. Nous nous plaignons de l’absence de goût des tomates qui sont toujours trop chères, sans considération aucune pour ceux qui les produisent. Nous nous plaignons de voir nos revenus diminués de quelques dizaines d’euros. « Nous irons moins au restaurant ! » « Nous voyagerons moins loin ! » « Nous changerons moins de voiture ! »

     Nous devrons nous y faire. Nous avons mené le jeu pendant quarante ans mais nous avons perdu la main ! Et, tout naturellement, au profit de nos propres enfants que nous avons élevés, instruits et éduqués et qui tiennent aujourd’hui les cordons de la bourse.

    Reconnaissons toutefois que ces soixante-huitards qui se lamentent demeurent encore très actifs et s’investissent souvent dans les associations caritatives tout en aidant leurs enfants et surtout leurs petits-enfants qu’ils ont la chance aujourd’hui de voir entrer dans la "vie active". Alors, cessons de geindre et de récriminer et employons-nous plutôt à corriger les erreurs que nous avons pu commettre !

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02 octobre 2018

Mozart ou AC/DC ?

coccinelles

Depuis la cuisine, la maîtresse de maison nous raconte à grand renfort de superlatifs la dernière aventure de son petit-fils. Mais l’orchestre symphonique de Baden-Baden lance le finale de la Jupiter de Mozart avec tant de vigueur qu’elle noie l’épilogue dans une confusion toute wagnérienne.

Comme chaque année, nous célébrons chez mes voisins agriculteurs, Hélène et Sébastien, la fin de l’été, le départ des vacanciers et l’annonce du retour des moutons dans les prairies proches de la ferme. La sécheresse n’a guère épargné le refus, explique notre hôte, j’ai dû leur donner le regain en attendant que les rares pluies de septembre produisent leurs bienfaits. Sa parole est hésitante, comme fatiguée par ces incessants aléas climatiques qui jalonnent pourtant sa vie depuis toujours. Il nous avouera d’ailleurs, au café, qu’il prépare sa retraite. L’âme en déroute et le cœur gros, il a déjà vendu ses dernières vaches. Juliette et Mathieu, les parents de la petite Anaïs, découvrent là un monde bien éloigné de leur université ou de leur laboratoire. Vous leur faisiez écouter Mozart ? questionne celle-ci avec un sourire.  L’hiver seulement, répond gravement notre éleveur. Des impromptus, les sonates pour piano et les variations bien sûr ! Et il fredonne quelques mesures du fameux "Ah vous dirai-je maman…"

La science n’a pas encore pu prouver que les vaches donnent un meilleur lait et plus abondant de surcroit par la grâce de la musique. Certains y croient cependant. Selon des éleveurs britanniques du Pays de Galle, la diffusion des chansons de Tom Jones dans leurs étables provoquerait une augmentation de leur production laitière d’au moins 5%. Il paraît certes difficile de comparer la voix du chanteur gallois avec une partition du divin Mozart. Mais les détours de la nature sont si complexes et si mystérieux !

Ainsi, selon des chercheurs hollandais, écouter les succès du groupe AC/DC ne dérangerait pas seulement nos tympans et celui de nos voisins, il perturberait également la tranquillité des coccinelles qui se nourriraient alors de moins en moins jusqu’à se laisser mourir d’inanition. On savait déjà que le "hard-rock" n’adoucissait en rien les mœurs. On sait maintenant qu’il est nuisible aux insectes. Et ce qui est nuisible aux insectes est nuisible à la biodiversité. Et ce qui est nuisible à la biodiversité est nuisible à la nature en général et à l’Homme en particulier. Le cas des abeilles est emblématique.

Elles seraient en grande difficulté dans les campagnes à cause certes des frelons asiatiques mais aussi et surtout des pesticides. Les apiculteurs répliquent en installant leurs ruches dans les villes. Hélas, si les bruyants éclats de Tannhäuser ne troublent en rien les activités de nos hyménoptères mellifères préférés logées sur les toits de l’Opéra-Bastille, elles n’en iront pas pour autant butiner les vastes champs de blé de la Beauce. Et leur appétit de nectar devenant de plus en plus pressant sur l’écosystème urbain, les abeilles sauvages manquent à leur tour de nourriture et se raréfient. Ce qui déséquilibre encore la nature. Depuis qu’il est descendu de son papayer pour se baguenauder dans la savane, l’Homme importune tellement son environnement qu’il en vient de plus en plus à le détraquer. Et, comme d’habitude, le gouvernement ne fait rien pour remédier à cet acharnement.

Car, à quoi sert ce si emblématique ministère de l’Écologie ?  Au lieu de lancer de grands anathèmes qui tournent dans le vide comme ces éoliennes non reliées aux réseaux d’électricité, il devrait pouvoir dire, après études et avec droit de veto, si tel ou tel projet, telle ou telle décision, telle ou telle loi ou directive est bonne ou non pour la planète et l’avenir de l’Humanité en général et celui de nos petits-enfants en particulier. Mais nous entrons là dans le domaine du rêve.

Il est toutefois rassurant de savoir, toujours grâce aux conclusions des chercheurs hollandais, qu’à l’égal de la bourrée auvergnate ou de l’an-dro vannetais, les musiques folk et country n’ont pas plus d’effet sur l’appétence des coccinelles pour les pucerons qu’un "roman" de Christine Angot sur le plaisir du lecteur.

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25 septembre 2018

Le bal des chroniqueurs

expert_emerite

      César est revenu de sa virée nocturne alors qu’en ces premiers jours d’automne le soleil hésite déjà à éclairer la vallée. Chose étrange pour une fois, il a patienté sur le perron de la cuisine sans réclamer de sa belle voix de gorge que je consente enfin à ouvrir la porte. Serait-il soudain rongé par les scrupules ? Il ne s’en est pas moins précipité vers sa gamelle de croquettes avant de gagner le canapé à pas de sénateur et de s’y adonner à sa grande toilette matutinale coutumière. Je dispose donc d’une bonne heure de répit pour la rédaction de la présente chronique.

C’est sans compter sans les démarcheurs téléphoniques. Subodorant que l’entendement de leurs prospects n’est pas encore obscurci par les multiples confusions du quotidien, ils les contactent dès tierce. Il s’agit, cette fois, de mon "conseiller financier" qui me vante les mérites inégalés d’un extraordinaire placement au rendement supérieur, à la disponibilité assurée et au capital garanti. Je sens, au ton de sa voix, que les objectifs de vente fixés par sa hiérarchie sont, à ses yeux, relativement élevés. J’ai même l’impression que je ferais une bonne action en signant sans tergiverser. Lorsqu’une question s’impose. Vous-même, le coupai-je, quel montant avez-vous souscrit ?

L’adage populaire est formel. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. C’est pourquoi les professeurs de gestions ne créent que très rarement leur propre entreprise, les professeurs de cuisine tiennent fort peu de grands restaurants étoilés, les professeurs de l’Éducation Nationale confient leurs enfants aux collèges et lycées privés, les critiques littéraires ne font guère, à de rares exceptions, de grands écrivains, les responsables catholiques, lorsqu’ils sont malades, se tournent plus volontiers vers la faculté que vers la grotte de Massabielle, les analystes financiers ne deviennent presque jamais milliardaires. Mon père disait autrefois que les sabotiers étaient toujours les plus mal chaussés parce qu’ils consacraient toute leur énergie à confectionner les galoches des autres. Mon père était d’une nature bienveillante.

Dans notre société individualiste d’aujourd’hui, ces experts en tout et autres donneurs de leçons commentent à satiété nos gestes, nos manies, nos contournements, nos divagations, sinon même nos pensées. Ils nous expliquent à grand renfort de mots savants et d’expressions abscondes combien notre passé est pesant, notre présent fragile, et l’avenir de notre futur incertain. Cela justifie-t-il les grands développements farcis de citations historiques, philosophiques, littéraires et mythologiques dont ils nous abreuvent dans les radios, les journaux et les magazines ? Assis benoîtement sur son banc et les épaules voutées par sa longue expérience de maçon, le vieil Antonio ne dit pas autre chose dans son langage mâtiné d’italien et d’argot des chantiers.

D’autant que ces dégorgeurs de paroles, ainsi que les désigne Patrick Chamoiseau dans son Solibo Magnifique, généralement plus obnubilés par leurs défraiements que par le bénéfice de ceux qui les écoutent, aiment rarement à tirer les leçons de leurs erreurs. Pierre Dac affirmait qu’il convenait au contraire en tenir le plus grand compte car, disait-il, il ne faut jamais remettre au lendemain ce qui peut être fait le jour même par quelqu’un d’autre. Mais il ne prétendait, lui, à aucun titre émérite sinon peut-être à celui de maître en galéjades, malices et autres bouffonneries. Les rubriques, en définitive, où ces décrypteurs de billevesées devraient être répertoriés.  

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18 septembre 2018

Le prix d'un moineau

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La Marche nuptiale du Songe d’une nuit d’été de Félix Mendelssohn donné la semaine passée à l’Opéra-Théâtre de la Grande Ville trotte dans ma tête comme une ritournelle. La mise en image, comme elle dit, de Juliette Deschamps était audacieuse et originale. L’Orchestre Symphonique de Bordeaux-Aquitaine conduit par Paul Daniel n’en a pas moins respecté le compositeur et Shakespeare lui-même.

Ici, également, l’été est fini. Les récoltes estivales sont achevées depuis longtemps. Les moutons paissent dans les prairies. Les vaches ruminent dans leurs enclos. En un mot, la campagne a retrouvé toute sa tranquillité.

Mille rumeurs agitent toutefois le monde qui l’entoure et les médias s’en font l’écho aussi fidèlement que leur permettent leurs contrats publicitaires. Tremblements de terre, typhons, inondations, glissements de terrain, guerres, attentats…La fièvre habituelle de notre planète depuis la nuit des temps. Mille scandales éclaboussent également les palais et animent les salles de rédaction. Ils alimentent le tintamarre et sèment embrouillements et confusion. L’État est corrompu, la République se délite, la France se décompose, le Monde se meurt. En attendant le prochain esclandre qui ajoutera au tohubohu. Et si la campagne, quant à elle, respire, drames et tragédies ne l’en atteignent pas moins elle aussi.

C’est ainsi qu’il y a quelques semaines, j’ai découvert au pied d’un châtaigner le corps inanimé d’un modeste moineau. Quelques plumes que la rosée faisait briller au soleil de juillet. Est-il mort empoisonné par les multiples pesticides et autres herbicides dispersés un peu partout par des paysans en quête de survie ou simplement mordus par l’appât du gain ? Quelque prédateur en quête de nourriture l’aura-t-il mortellement blessé avant de s’en détourner pour une proie plus appétissante ? Impossible de le savoir au premier coup d’œil. Et la vie d’un moineau est de si peu de poids dans le maelstrom qui ébranle l’univers qu’on ne le saura sans doute jamais !

Je rapportai malgré tout le fait sur l’un de ces réseaux sociaux sur internet que Michel Serres appelle dans son Petite Poucette, fesse-bouc. Croyez-vous que l’un ou l’une de mes nombreux "followers" compatit ? Que nenni. On accusa même mon chat César d’être l’auteur du forfait. Accusation sans preuve, bien sûr. Sans même que la plus élémentaire enquête ait été diligentée par le plus discret des procureurs. Sans arrestation, sans garde à vue, sans présentation à un juge, sans mise en examen, sans incarcération préventive pour le cas où le suspect tenterait de migrer vers d’autres cieux. Quelques lettres tapées distraitement sur un clavier et la réputation de mon brave César se trouva dès lors piétinée et détruite à jamais.

On dira que c’est dans l’ordre des choses que les chats attrapent les oiseaux et qu’il n’y a pas là de quoi monter une polémique. L’expérience montre pourtant qu’il en est de même pour l’homme. Il y prend même manifestement plaisir. Les bandits, les tricheurs, les jaloux et les malveillants troublent la vie paisible des honnêtes gens depuis toujours et la rumeur de leurs méfaits défraie chaque jour les chroniques.  Mais la vie d’un moineau est de trop peu de poids pour intéresser quiconque. Sa mort ne s’inscrira même pas dans le long registre des dérisoires convulsions de l’Histoire. À l’image, d’ailleurs, de celles qui survolent, futiles et dérisoires, la vie de nos gouvernements et de leurs états et qui crée, malgré tout, tant et tant de controverses que l’on ne sait même plus où se nichent la vérité, la posture ou la malhonnêteté. En un mot, la mort de ce moineau de peu comme celle de tant d’hommes, de femmes et d’enfants de par le monde ne pèsera pas plus que l’écume ordinaire des choses.

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11 septembre 2018

Le chant des cigales

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La scène se déroule lors de la grande migration estivale du quinze août. Les cloches de l’église achèvent de sonner les dix coups de tierce lorsque j’entre dans la boulangerie. Comme d’habitude, la discussion est vive. La boulangère rapporte à l’aide-ménagère de la veuve du notaire une anecdote lue dans le journal. À la recherche de sa monnaie, celle-ci écoute distraitement mais les deux clients qui attendent leur tour en piaffant d’impatience grimacent ouvertement leur mécontentement. Ils ne connaissent pas notre polémiqueuse locale et peut-être se sentent-ils concernés par ses propos.

Des touristes auraient demandé au maire d’un village de Provence de faire taire les cigales qui troublaient, selon eux, la tranquillité de leur sommeil. Peuchère, ajoute la tenancière en tentant d’imiter l’accent marseillais, comment fleuriraient les oliviers sans le chant des cigales ? L’aide-ménagère affiche un sourire satisfait après avoir aligné ses pièces dans la sébile. Mais notre conférencière n’a pas clôt son chapitre. Il y en a même qui ont exigé par courrier que le curé ne fasse pas sonner les cloches le matin parce qu’elles perturberaient leur grasse matinée ! Vous imaginez la commune sans la sonnerie des cloches ?

Les deux chalands n’en peuvent plus de perdre ainsi de longues et précieuses minutes qu’ils consacreraient sans aucun doute à l’élévation de leur vie intérieure  et de devoir, aussi, opiner du chef de peur d’attirer sur eux des foudres qu’ils pressentent apocalyptiques. Vous, leur adresse d’ailleurs la jaboteuse décidément en verve, vous ne seriez pas comme ça ! Ils n’ont pas le temps de répondre que la porte s’ouvre sur les cris d’un gamin arborant un téléphone carillonnant le refrain tonitruant de La route fleurie de Francis Lopez. C’est Papy !  Et les récriminations de la patronne de s’orienter vers une calamité qui, elle, dure toute l’année, les portables.

En réalité, la scène évoque crument le décalage entre l’exercice citadin de la promiscuité, du bruit incessant, des mauvaises odeurs, de la pollution endémique et de l’excitation perpétuelle et le paisible destin du campagnard exercé depuis toujours à accorder du temps au temps et à savourer en toute occasion les délices des bonnes choses tout en observant benoîtement ses radis rosir dans son potager.

L’un se comporte en malotru dès qu’il enfile son short et son "tee-shirt", se coiffe d’une caquette ridicule, chausse son nez rouge d’une paire de lunettes de soleil qu’il enlève, agacé, pour consulter l’écran de son smartphone avant de s’enfoncer à foulées conquérantes dans les ténèbres provinciales. L’autre sourit et hausse les épaules. De toute façon, pense-t-il, ils seront repartis aux lisières de septembre ! Les cigales commenceront certes à faire silence mais les cloches villageoises continueront de marquer les heures.  Celles de la prière peut-être mais plus sûrement celle du rendez-vous quotidien à la boulangerie, celle de l’apéritif avec les conscrits, celle de la sieste dans l’intimité des persiennes et celle de la causerie vespérale à l’ombre du tilleul de la Grand-Place pour critiquer le conseil municipal en général et le maire en particulier. Comme d’habitude !

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04 septembre 2018

Les sentiers ensoleillés.

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     Tu ne sais pas écrire avec ta main ? Ma petite voisine Anaïs revient toute fière de sa première journée d’école en GSM (Grande Section de Maternelle) et elle me voit avec étonnement tapoter sur mon clavier d’ordinateur. Elle, elle sait écrire son nom et son prénom en lettres majuscules et en lettres attachées ! Qu’est-ce que tu écris ?

Sous les yeux de Maman qui s’impatiente, je lui explique que je raconte le ciel et les nuages, les arbres et les parterres de fleurs, mon chat César qui dort sur le canapé, les humeurs du monde qui les chahutent et, surtout, les aventures d’une petite fille espiègle et bien curieuse. Elle rit. Pourquoi tu écris tout ça ? La question est d’importance. Les réponses seront pour une autre fois. Mais tandis que je les regarde s’éloigner, je m’interroge, moi aussi. Pourquoi ?

Anaïs discute de longs moments avec ses poupées pour leur décrire par le menu ses joies, ses peines, ses craintes et les mille événements qui ponctuent ses journées. Par le filtre de son imagination, elle organise ainsi un ordre qui la rassure pour affronter ce chemin qu’elle devine devant elle. Elle a tout à découvrir, elle a tout à construire. J’ai, quant à moi, déjà parcouru ces sentiers escarpés et n’en attend plus grande chose. Alors, pourquoi écrire ?

Je crois que c’est d’abord pour le plaisir. Le plaisir de jouer avec les mots, de les choisir pour leur sens bien sûr, mais aussi pour leur rythme, leur musicalité. Pour le plaisir de les agencer en phrases, en idées simples, claires et justes, jusqu’à ce qu’elles forment presque un poème. Et je les publie ensuite parce que les livres que je lis, les musiques que j’écoute, les rencontres avec les lecteurs qui me font l’amitié de parcourir mes élucubrations me relient au monde. Retiré dans mon courtil sis en lisère d’une vallée perdue au cœur des Monts, j’ai trouvé une paix bien éloignée de la course incessante qui m’agitait autrefois moi aussi et qui agite toujours notre société individualiste du flux perpétuel. Mais le temps n’a pas rassasié ma curiosité et ma soif de comprendre. Je me donne ainsi l’impression, du fond de ma retraite, de participer encore, à ma modeste place et à ma manière, à cette marche qui ébroue l’âme humaine depuis toujours.

Et comme il me reste encore un petit fond de malice au cœur et que le recul m’aide parfois à discerner les postures et les à-peu-près sinon la mauvaise foi et la malhonnêteté, je joue aussi à poser, en toute fausse innocence, des petites questions qui chatouillent. Sans acrimonie aucune, bien sûr, sans bile et sans venin mais bien plutôt, j’espère, avec une tendre bienveillance, en recherchant toujours les sentiers ensoleillés, et dans l’espoir de déclencher peut-être un sourire et un peu d’attention, et, pourquoi pas, un peu de réflexion.

Ainsi, ma petite amie Anaïs répète-t-elle à l’envi qu’elle fera ceci ou qu’elle fera cela lorsqu’elle sera grande. Mais est-on jamais grand ?

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28 août 2018

Michel-François Lavaur, poésie

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21 août 2018

Charles d'Orléans, poésie

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14 août 2018

Jeanne d'Arc, poésie

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