Chroniques d'un vieux bougon

20 octobre 2017

Tiens toi droit.

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       Regardé, il y a quelques semaines, un numéro de belle tenue de l’émission La Grande Librairie sur la chaîne du savoir et de la connaissance du Service Public. Un moment rare avec un animateur modestement en retrait et laissant la parole à ses invités au discours de haute volée humaine et philosophique. Quoiqu’on en dise, la télévision diffuse parfois des programmes qui méritent d’être regardés. Hélas,bien qu’ils ne rencontrent pas toujours les plus belles audiences, les organisateurs oublient rarement de les encadrer néanmoins de publicités. Elles agacent certes mais elles fleurent bon malgré tout le parfum mercantile de notre époque et reflètent bien le souci permanent des annonceurs pour le bien-être du téléspectateur et celui de leur chiffre d’affaire. Je viens d’en voir une financée par un fabricant d’appareils auditifs. Au cours d’une scénette d’à peine seize secondes une actrice par ailleurs tout à fait charmante s’inquiète avec commisération de l’âge de mes oreilles. Ma première réaction est de répondre que, globalement, elles devraient compter autant d’années que mes artères. En réalité, cette question m’interpelle surtout sur l’état général de mon corps. Or il vieillit. Toutes celles et tous ceux qui, comme moi, vivent cette redoutable expérience, savent bien qu’au fil des années on court de moins en moins vite et que la terre du jardin est de plus en plus basse. Il n’en reste pas moins vrai que, comme ces généraux d’antan si attachés à tenir "la" position, nous mettons toutes et tous un point d’honneur à garder toujours aussi droit que possible  ce tas de muscles, d’os et de viscères qui n’a que trop tendance à se voûter. Les conseils de maintien n’ont d’ailleurs jamais manqué. Ainsi et depuis la nuit des temps, le kamasoutra recommande-t-il les meilleures postures pour atteindre l’extase. Ainsi, à l’époque baroque, les médecins d’avant-garde expliquaient-ils à leurs patientes les tournures les plus habiles à pratiquer pour donner naissance à coup sûr à un héritier mâle. Qui ne se souvient également des admonestations découragées de ses parents : tiens-toi droit, ne met pas tes coudes sur la table ! Aujourd’hui encore maints magazines aux couleurs chatoyantes se font un devoir d’enseigner la bonne prestance à leurs lectrices avec, en illustration, une photographie de Pénélope Le Prévost droite comme un I sur le dos de sa jument Nayana ou de Clint Eastwood droit dans ses bottes dans "L’homme des hautes plaines". Soucieux de trouver des remèdes au mal de dos qui ronge malgré tout l’humanité, des chercheurs américains ont récemment réalisé une grande étude. Il appert que tenir le dos arrondi agit négativement sur le rythme cardiaque et influe directement sur la pression artérielle. Le désarroi apparaît bientôt avec son cortège d’inquiétudes et d’angoisses. La mélancolie n’est pas loin, la neurasthénie s’avance, l’anxiété s’insinue, la dépression s’installe, la libido part à vau l’eau et la pensée elle-même se dilue dans les méandres des neurones asphyxiés. Un port droit, au contraire, ne présente que des avantages. En descendant de leur arbre, les ancêtres de Sapiens avaient très vite compris l’intérêt de se redresser afin de voir arriver les lions et les panthères. Il autorise aujourd’hui non seulement à toiser de haut les petits chefs arrogants mais ouvre surtout la cage thoracique, favorise une profonde respiration et contribue ainsi à une bonne oxygénation du sang et à une riche irrigation du cerveau. Régulièrement stimulée, l’intelligence peut alors percer des œuvres d’aussi hautes futaies que celles des Michel Onfray, Philippe Sollers ou même Amélie Nothomb. Qui laissent, parfois, bien des choses à penser.

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17 octobre 2017

Sortir des rails

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      Monté à la Capitale pour écouter le talentueux pianiste Benjamin Grosvenor au théâtre des Champs-Élysées dans un programme de Bach, Brahms, Berg et Debussy. Une petite cohue anime le quai de la gare traversé de courants d’airs. Le compartiment semble plus encombré de conversations téléphoniques que de voyageurs. Je laisse bientôt mon imagination vagabonder au gré des prairies qui défilent derrière la vitre sale. Jusqu’à quel point d’ailleurs les trains n’aspirent-il pas eux aussi de s’y baguenauder à force d’être condamnés à arpenter indéfiniment les mêmes rails ?  Hélas ou heureusement, les trains n’ont d’autre choix que de suivre leur chemin de fer d’une gare à l’autre. L’Homme, quant à lui, bien qu’empêtré dans son costume-cravate et son esprit de sérieux, n’hésite pas à sortir du cadre qui lui est assigné par sa nature biologique, les croyances qu’il s’est données et les dix commandements qu’il s’est prescrits. Mais il ne s’agit pas pour lui de musarder dans les champs, de compter les pâquerettes, de humer les champignons à l’automne ou d’écouter les petits oiseaux au printemps. Il n’en a pas le temps. L’homme s’égare seulement dans ses contradictions. Il n’adore rien tant que les paradoxes. Ainsi chacun de déplorer que le nombre des sans-abri augmente régulièrement et l’hiver approchant, ils feront bientôt les unes des médias. Chacun de déplorer, en même temps, que les terroirs se désertifient parce que les jeunes partent dans les banlieues faute de travail, que les commerces et les services publics baissent leur rideau faute de clients et que les volets des maisons se referment inexorablement faute d’habitants. Les sans-toits grelotent dans les villes, les logements libres se morfondent dans les campagnes. Les rails de la logique divaguent dans l’insondable énigme du progrès. Sous le saint patronage du Réchauffement Climatique et de Dame Écologie réunis, s’est récemment abattue sur Paris une journée sans voiture. Les piétons respirent à pleins poumons, les enfants courent au milieu des rues libérées, les cyclistes affichent des sourires larges comme un couloir d’autobus. Certains sont même montés de leur province en voiture pour pédaler en paix aux pieds de Notre Dame et de la Tour Eiffel. Grâces soient rendues à la cohérence cartésienne qui nous gouverne : En réalité, ce ne sont là que menus disfonctionnements inhérents à la condition humaine qui ne saurait être encore parfaite. Chacun est bien conscient que deux petits siècles, même éclairés par les Lumières des philosophes, ne suffiront pas à effacer des millénaires d’"obscurantisme". L’homme a d’abord cru à des dieux immortels établis dans les cieux et essentiellement occupés à se chamailler les faveurs des princesses et des bergères. Puis les olympes se vidèrent au profit d’un dieu unique et universel qui fonda son empire à coup d’épée, de sabre et de goupillon. Jusqu’à ce que la Révolution le renvoie dans son paradis et édicte une nouvelle loi : Liberté, Égalité et, éventuellement, Fraternité. Et le monde de marcher de guingois à la recherche d’un équilibre impossible où la liberté de chacun ne serait pas entravée par l’égalité pour tous. Mais le règne de cette religion des Droits de l’Homme et du Marché Libéral approche de sa fin. L’Intelligence Artificielle dont se dote à présent Sapiens règlera sans tarder le litige en imposant son propre code de pensée unique à 10 milliards de sujets. Ce qui laisse, hélas, bien peu de raisons de rêver. 

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13 octobre 2017

Mémoire d'hier et de demain.

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      Ce matin, tous les valides du village sont réquisitionnés pour rechercher Jean-Robert qui a disparu du domicile de sa fille depuis hier soir. Chacun sait que l’esprit de Jean-Robert emprunte de plus en plus des chemins de traverse au point de s’y égarer. Il faudra donc arpenter chaque sentier, fouiller chaque buisson, inspecter les abords du ruisseau où il aimait tant pêcher et peut-être même sonder chaque étang. Jean-Robert vit essentiellement dans l’instant. Le passé et l’avenir n’ont plus guère de signification pour lui. Sa mémoire s’enfuit au fil de l’eau, emportant avec elle sa vie et son histoire. Une histoire qui est aussi un peu la nôtre et celle du village. Quand les anciens comme lui seront partis, que restera-t-il de leurs souvenirs ? Quelques photos jaunies peut-être et des noms calligraphiés à la plume sergent major sur les registres d’état civil que le temps se chargera lui aussi d’effacer. Que sauront dire de leurs joies et de leurs peines dans 1000 ou 2000 ans, les historiens qui se pencheront sur les mœurs et coutumes du vingtième siècle de notre ère ? Fort peu de choses probablement. Comment vivait Sapiens il y a 40 000 ans ? Les paléoanthropologues n’ont plus guère à leur disposition que quelques squelettes ici ou là, des cendres de foyer à l’entrée d’un abri, des pointes de flèches et des racloirs abandonnés. Le bois de ses lances, les peaux d’animaux dont il se revêtait, les reliefs de ses repas, tout s’est désagrégé, retourné à la terre. Qu’évoquaient pour lui les phases de la lune ? Croyait-il en quelque dieu omniscient ou adorait-il une foultitude de divinités ? L’égalité de tous et la liberté de chacun régissaient-elles l’organisation de sa tribu ? Toutes ces questions qui interrogent aujourd’hui les sociologues restent sans réponse. Soucieux sans doute de laisser des traces pour les chercheurs à venir, Cro-Magnon s’est certes astreint plus tard à raconter sur les parois de ses grottes le monde qui l’entourait. Mais les interprétations divergent quand elles ne sont pas tout bonnement fantaisistes. Il y a quelques années, un plaisantin s’était imaginé en visiteur de musée au quatrième millénaire de notre ère. Y étaient exposés des instruments d’aujourd’hui accompagnés de l’interprétation des archéologues. Un arrosoir de zinc à demi rouillé devenait ainsi un objet de culte vénéré dans les campagnes reculées. On voit par-là combien le regard de l’observateur est moins scientifique que subjectif et souvent orienté par sa propre vision de son environnement. Avant l’invention des écritures, les récits circulaient certes mais par voie orale et dans un cercle relativement restreint. Qu’en resterait-il aujourd’hui ? Que comprendrions-nous à ces épopées venues du fond des âges qui hantent encore nos imaginaires ? Quels sens nos anthropologues, ethnologues, historiens et psychanalystes leurs donneraient-il ? Sans les tablettes d’argile de Babylone, que saurions-nous du code d’Hammourabi qui a conduit la vie des sociétés de la moitié du monde pendant plus de trois millénaires ? Sur la seule base des ruines antiques que saurions-nous de la pensée de Socrate, de la philosophie de Platon, de la poésie d’Homère et de Virgile ? Que resterait-il de la culture antique sans les papyrus, parchemins et autres coûteux vélins dont nombre d’entre eux ont d’ailleurs disparu par malveillance, ignorance ou simple négligence ? La technologie actuelle nous entraîne chaque jour un peu plus dans un monde virtuel. Que restera-t-il des courriels, "tweets" et "sms" qui articulent nos relations quotidiennes ? Que restera-t-il, en tout état de cause, de cette présente chronique qui prétend laisser des choses à penser ?  

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10 octobre 2017

Le futur de demain

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         Nous sommes au milieu du mois de juin. Le car de "ramassage scolaire" pénètre à l’heure prévue dans mon courtil. Derrière les vitres s’agite une horde d’enfants qui se répandent bientôt sur ma pelouse. Leur "professeur des écoles" en chef n’en compte en tout et pour tout qu’une quarantaine. L’impression demeure malgré tout d’entendre les hurlements de joie ou de dépit d’un stade tout entier lors d’un match de football comptant pour la coupe du monde. Quoi qu’il en soit et le calme revenu, nous faisons connaissance. L’objet de cette expédition est double. Exfiltrer de leur univers de béton et d’asphalte ces gamins d’un quartier défavorisé de notre capitale départementale, ne serait-ce que pour une courte journée, et leur faire découvrir pour l’occasion le monde du vivant, les arbres et les fleurs, les merles et les écureuils, les pigeons ramiers et les tourterelles et, bien sûr, le jardin potager. « Vous ne craignez pas que de voir d’où sortent les fameux cinq fruits et légumes qu’ils sont obligés d’ingurgiter à la cantine ne les en dégoutent pas encore un peu plus ? » Je n’ai pour toute réponse de mon interlocutrice qu’un sourire mi goguenard-mi embarrassé. En réalité, la journée se révèle fort agréable et riche d’enseignements. Les chérubins repartent à none les yeux brillants d’excitation, la tête bouillonnante de mille anecdotes à raconter le soir autour de la table familiale et bardés de mille projets fantastiques qui nourriront leurs rêves. Pourtant, au cours du repas de midi pris chez mes voisins agriculteurs dont ils visiteront ensuite la ferme et la bergerie, leurs institutrices et les jeunes mères de famille qui les accompagnent déplorent l’annonce par le rectorat de la fermeture d’une classe. Il y a de moins en moins d’enfants, constatent-elles. Notre région devient chaque jour un peu plus un dépôt pour vieillards finissants. L’ONU est parvenue à la même conclusion en ce qui concerne la population de notre petite planète. Les femmes africaines elles-mêmes font moins d’enfants que jadis tandis que l’espérance de vie augmente globalement grâce à une moindre mortalité infantile, une meilleure hygiène, une nourriture mieux partagée et plus saine et une alphabétisation progressive. La pauvreté frappe certes encore plus de la moitié de la population mais tous ces bienfaits réunis provoquent un accroissement de la quantité de vieux. Au point qu’elle égale à présent celle des naissances, augmentant mécaniquement celle des terriens. Selon les experts, le nombre de ces derniers pourrait avoisiner les 9,800 milliards d’individus à l’orée des années 2050. Le "papy-boom" a encore de beaux jours devant lui, entraînant avec lui sa cohorte de problèmes à résoudre et d’opportunités à saisir. Ainsi le marché de l’ascenseur et autre "monte-escalier" travaille désormais "à flux tendu" pour équiper les innombrables immeubles de cent étages à construire pour loger tout le monde. Les industriels des purées de pommes de terre, de topinambours, de carottes, d’épinards et de courgettes développent massivement leurs déjà immenses usines. Les marchands de pâtes adhésives pour prothèses dentaires multiplient leurs investissements, les lunettiers rivalisent d’innovations et les aides auditives pour malentendants se vulgarisent. Les éleveurs de bovins, par contre, redoutent déjà, une baisse de la consommation de viande rouge et les fabricants de fromages s’inquiètent de voir leur clientèle âgée si facilement sensible aux dictats de l’aseptisation à tout crin de la vie se détourner des Camemberts, Livarots et Pont-l’Evêque normands pourtant si goûtus. Nul doute qu’à l’image des 108 milliards d’Homo-Sapiens qui m’ont précédé sur cette Terre depuis 200 000 ans, aurai-je satisfait d’ici là à mes obligations de mortel. Et diminué d’autant les charges qui pèseront alors sur les épaules des jeunes générations. Il n’en reste pas moins bien des choses à penser à propos du futur de demain. 

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06 octobre 2017

Réseaux ? Sociaux ?

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       Ciel couvert, ce matin, et températures automnales. Un temps à réécouter Mozart sous les doigts de Martha Argerich et à se dépayser à l’île Maurice avec l’Alma de Le Clézio. Un temps, pour les enfants, à s’aligner en rang dans la cour de récréation et à l’appel de la sonnerie, à s’ébranler d’un pas traînant vers le Savoir. Ils apprendront les prédicats, les compléments circonstanciels, les accords et désaccords du participe passé, l’arithmétique modulaire, la géométrie variable, la valeur de л, indispensable à la fabrication du camembert normand sous appellation d’origine protégée, l’Histoire du vase de Soisson et du sabotier de Bellême et les harmonieuses proportions géographiques de notre bel Hexagone. Ils graviront bientôt les échelons de la connaissance et nombre d’entre eux accèderont peut-être aux plus hauts degrés du pouvoir. Ils mèneront alors tambour battant la marche inexorable du progrès véhiculé, aujourd’hui, par "Google", "YouTube" et "Facebook". Pour un esprit formaté à l’écriture mise au point au cours des siècles par des milliers de scribes et de copistes, les smartphones, tablettes et autres ordinateurs peuvent hélas se révéler des instruments de torture. Ils ignorent complètement les alphabets, les règles de conjugaison et les chiffres dits arabes. Ils ne retiennent que deux signaux, le 0 et le 1. Isolé dans son courtil perdu au cœur des Monts, le campagnard soucieux de participer à la vie collective s’est fait expliquer leur fonctionnement. Après de longues heures d’apprentissage, il accède enfin au monde extérieur et aux fameux réseaux sociaux. Il s’entretenait jusqu’ici presque exclusivement avec ses plus proches voisins, la boulangère de son village, le maire et la pharmacienne et ses compères de la médi@thèque de la ville. Il "communique" désormais avec le monde entier. Les débuts sont grisants. Échanger avec un lecteur assidu de Lima, une lectrice critique de la lointaine Louisiane ou des amoureux de la langue française de Tokyo est excitant. Notre exilé rural en vient même, pour pouvoir décrypter les messages qu’il reçoit, à se familiariser avec la syntaxe texto internationale et l’ortograffe moderne. Hélas, ces mêmes réseaux colportent tout et n’importe quoi. Notre ami a des "amis" qui ont des amis qui ont des amis qui….La communauté d’hier s’est muée en hall de gare à l’heure de pointe.  Et chacun d’ajouter, outre son grain de sel personnel au "post" le plus anodin, une vidéo plus ou moins trafiquée, des photographies plus ou moins retouchées ou des informations plus ou moins fantaisistes sinon même parfois erronées. Si seule la langue était écorchée, il serait possible d’en accuser la précipitation puisqu’il faut toujours taper plus vite sur le clavier et que tout le monde ne le maîtrise pas avec la dextérité de la "Petite Poucette" de Michel Serres. Mais c’est le langage lui-même qui dérape, le vocabulaire qui passe du rustique au trivial, du vulgaire au grossier. Et les idées qu’il charrie portent trop souvent l’agressivité, la malveillance et le ressentiment. Les habitants d’un village ne s’entendent généralement sur rien mais ils ne s’insultent que rarement. Certes, la langue d’Ésope est capable de prononcer des mots d’amour comme des mots de haine. Certes, comme l’explique si bien Boris Cyrulnic, le bien et le mal, le beau et le laid, le mieux et le pire ne s’opposent pas, ils s’accompagnent. Mais pourquoi faut-il toujours subir la part de l’ombre pour pouvoir savourer la face ensoleillée ? Voilà qui laisse bien des choses à penser. (Pour celles et ceux qui se posent (encore) des questions, lire le plaisant et utile manuel de survie orthographique de Monique Guérin-Simonnaud "J’ai perdu mon COD" aux éditions Pays et Terroirs à Cholet)

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03 octobre 2017

Tout s'accélère.

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      Il fallait autrefois au campagnard égaré dans sa vallée perdue au cœur des Monts deux allers et retours en voiture, parfois espacés de deux bonnes semaines, pour prendre possession d’un livre par l’intermédiaire de sa librairie préférée. Par la grâce d’Amazon, il le reçoit à présent le lendemain de sa commande. (Ce qui n’empêche nullement par ailleurs de visiter la libraire en son antre, de la saluer chaleureusement et de lui acheter un ouvrage moins urgent). Comme on l’a déjà vu, (chronique du 26 septembre 2017) tout s’accélère. En 1873, le train reliait Paris à Marseille en 16 heures et 25 minutes. Le lecteur des Méditations poétiques ne dispose plus aujourd’hui que de 3 heures et 15 minutes pour s’abandonner à de languissantes rêveries. Le café-croissant matutinal en gare de Lyon, la bouillabaisse en gare Saint Charles à midi. Le progrès progresse à grande vitesse. En réalité, tout dans la nature est empreint de cette précipitation. Notre univers lui-même se dilaterait de plus en plus vite et sa vélocité est déjà tellement folle que dans 20 milliards d’années seulement, les terriens, s’il en restait encore, ne distingueraient même plus dans leurs lunettes astronomiques les galaxies qui les entourent tant elles se seront éloignées. Notre brave Voie Lactée se sera éparpillée aux quatre vents cosmiques et les planètes de notre système solaire arrachées à l’attraction de leur auguste Phébus. Comme Jupiter, Mars et Vénus et comme des milliards de milliards d’autres planètes, notre bonne vieille Terre errera, hagarde et solitaire, dans un espace désespérément vide. Encore quelques semaines d’un calendrier qui ne correspondra plus à rien et la gravité deviendra si faible qu’elle ne permettrait plus à une pomme de tomber de son pommier ni même à une cerise de son cerisier. L’eau des océans se sera évaporée, les montagnes se seront fissurées, la croute terrestre se sera déchirée et le fer et le nickel du noyau se répandront dans le néant comme une vulgaire Expansion de polystyrène du sculpteur César. Hélas, nul admirateur n’y assistera car l’ultime seconde avant l’échéance se déroulera évidemment sans témoin. Loin de tous soins palliatifs. Personne pour assister notre univers dans son dernier souffle. Électrons, quarks et photons se dissoudront dans l’absence car le Temps lui-même se sera arrêté. Telle une baudruche de fête foraine qu’un père insouciant gonflerait au point de la faire exploser, notre univers disparaîtra. Poussé par le vent de folie qui l’a créé lors du fameux Big Bang, il aura mené sa chevauchée au pas de charge, courant avec toujours plus de hâte vers sa perte : la fin de son éternité. Demeure malgré tout un espoir. Cette impitoyable déliquescence ne serait peut-être pas vaine. Elle pourrait en effet marquer le signal de départ d’un nouveau Big Bang. Et c’est peut-être même ainsi que notre propre univers a trouvé l’énergie nécessaire et indispensable à sa première étincelle.  Si ce fantastique scénario se révélait juste, il faudrait alors en conclure que notre univers n’est probablement pas seul. Des milliards de milliards d’autres univers baudruches comme le nôtre courent peut-être en ce moment même vers leur propre anéantissement en enflant si démesurément qu’ils en viendront, eux aussi, à disparaître en une vertigineuse déflagration créatrice d’un nouvel univers. Une question s’impose alors, lancinante et cruciale à la fois. Qu’adviendrait-il si deux de ces univers en venaient par inadvertance à se frôler d’un peu trop près ou même, plus grave encore, à s’entremêler comme deux amants dans un langoureux cinq à sept ? Voilà qui laisse bien des choses à penser à l’aune de notre dérisoire petite personne. (Relire la chronique du 10 janvier 2017 sur ce sujet.)

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29 septembre 2017

Avec ou sans ?

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      Les cloches de l’église annoncent tierce lorsque mes visiteurs se lèvent. La brume matinale s’est dissipée et le ciel est dégagé. C’est l’heure de s’enfoncer dans les bois pour la traditionnelle chasse aux champignons. Pourquoi, alors qu’il coulait des jours heureux au milieu d’un paradis terrestre qui lui fournissait gracieusement cèpes de Bordeaux, topinambours à l’aïoli, pêches melba, oranges en carpaccio et pommes d’amour, Sapiens a-t-il donc eu l’idée saugrenue de cesser ses promenades bucoliques pour se faire paysan ? Craignait-il de voir monter son taux de mauvais cholestérol ? De subir les méfaits d’un surpoids pondéral ? De ne plus pouvoir attraper le lapin de garenne de son repas de midi à cause de son obésité naissante ? Nul ne le sait. Mais le fait est qu’il le fit. C’était il y a 14 000 ans. Il se contenta d’abord des règles bon-enfant de la permaculture. Disposant ainsi de longues d’heures d’oisiveté, il consacra plus d’attention à ses épouses, ses voisines et ses maîtresses. La courbe des naissances s’en ressentit. Il lui fallut alors accroître les rendements de ses cultures pour alimenter sa famille de plus en plus nombreuse. Avec courage et obstination, il débroussailla, il coupa, il brûla, il tailla, il déracina, il laboura, il sema, il planta, il sarcla, il ratissa et il récolta. Il put certes répondre aux exigences de sa progéniture et rassasier sa compagne, sa belle-mère, ses frères, ses sœurs, ses cousins et les cousins de ses cousins. Il en vint même à satisfaire les besoins de ses voisins non agriculteurs auxquels il vendit ses surplus. Mais il passa dès lors ses journées courbé en deux. Les effets ne tardèrent pas à se faire sentir. Rotules émoussées, hanches effritées, lombaires calcifiées et, surtout, dents déchaussées. Car, comme il ne se nourrissait plus de fruits sains et naturels mais de mixtures abominables à base de graisses saturées dépourvues d’oméga3 tels que le goulasch, la choucroute, les blanquettes ou le bourguignon, il vit son ventre gonfler comme baudruche et de cruels maux d’estomac gâcher ses digestions. Afin de loger les médecins, nutritionnistes et autres ostéopathes qui prétendirent le soigner, il fut amené à construire des cabanes supplémentaires à celles de sa propre famille. Se formèrent ainsi des hameaux qui se réunirent en villages puis en bourgs puis en sous-préfectures et constituèrent bientôt de véritables villes. Comme il fallut bien les protéger des jalousies des villes voisines et des convoitises des conquérants sanguinaires, la construction de remparts infranchissables s’imposa. Et comme il fallut nourrir les maçons, les tailleurs de pierres, les pousseurs de brouettes et les architectes qui les édifièrent, il dut toujours plus travailler la terre pour obtenir toujours plus de rendement pour contenter toujours plus de bouches affamées. Cette ronde infernale se perpétua pendant des millénaires. Mais un vent nouveau souffle aujourd’hui sur les assiettes de Sapiens. Certes l’industrie du fast-food n’a jamais été aussi florissante, mais l’air du temps semble désormais privilégier un retour à l’époque idyllique du paradis terrestre. Ainsi la mode est-elle aux aliments "sans". Sans pesticides, sans engrais chimiques, sans OGM, sans acides gras trans, sans sel, sans sucre, sans gluten, sans lactose, sans conservateurs, sans colorants, sans arômes artificiels, sans goût, sans rien. Devrai-je renoncer à ma tranche de pain matutinale tartinée d'une belle couche de beurre normand ? Devrai-je rompre avec l’escalope de veau à la crème et le gigot de mouton présalé aux flageolets ? Devrai-je abandonner ma portion de camembert arrosée de son verre de cidre bouché ? Devrai-je revenir au blé noir et aux châtaignes si chères aux Limousins de Jean de La Fontaine et de Turgot ? Voilà qui laisse bien des choses à penser. (Réécouter les chansons de Théodore Botrel Fleur de blé noir et La ronde des châtaignes, interprétées par Serge Kerval, disques AZ) 

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26 septembre 2017

La marche de l'équinoxe.

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     Une fine brise de traverse fait danser les fougères qui commencent à roussir. Les piboulades exhalent des parfums de noisette et les bolets des effluves d’humus et de terre mouillée. Encapuchonnés contre la pluie, emmitouflés contre le froid, embottés contre la boue et emballés d’orange fluorescent contre les chasseurs, les randonneurs du troisième âge arpentent les chemins en jabotant. Nul besoin du calendrier pour reconnaître les prémices de l’automne. Notre monde est en marche vers son plus proche futur, l’hiver. En réalité, le monde est en marche depuis toujours. Ainsi, il y a 45 000 ans et après avoir, comme son cousin Neandertal, quitté son Afrique natale, Sapiens pénétrait en Europe par la Turquie et la porte des Balkans. 10 000 ans plus tard, il découvrait la grotte de Chauvet dont il décorait les parois de ses graffitis. Il lui faudra encore près de 20 000 ans pour atteindre celles de Lascaux et d’Altamira où il récidivera avec autant d’éclat. Épuisé sans doute par tous ces exploits, il attendra 10 000 ans de plus pour, selon Hérodote, envoyer le messager Philippidès couvrir en courant les 250 km séparant la plage de Marathon du Parthénon d’Athènes. De leur côté, les premiers Amérindiens avaient franchi le détroit de Béring depuis 11 000 ans déjà. Sur la pointe des pieds sans doute pour ne pas réveiller les ours polaires.  Ils ne dresseront toutefois leur bivouac sur les falaises de la Terre de Feu que 1000 ans plus tard. L’Homme, en ces époques reculées, savait prendre le temps d’admirer les paysages, de s’adonner à l’art rupestre ou simplement d’écouter chanter le vent dans les branches des sassafras. Le pas s’est, depuis, rondement accéléré. Il avance même de plus en plus vite. Le fardier de Cugnot annonçait la Ford T, l’aéroplane de Clément Ader le Petit Prince de Saint-Exupéry, les V2 sur Londres les premiers pas de Neil Armstrong sur la lune, les fusées sol-air la terreur atomique. Les centres de recherche militaires expérimentent aujourd’hui les missiles hypersoniques. L’objectif est d’envoyer sur le territoire ennemi un engin balistique armé de son ogive nucléaire à la vitesse de mach 10, soit à 12250 km/h. Les avantages de cette vélocité peuvent en effet se révéler déterminants. Le plus décisif pourrait même affecter directement le bon père de famille washingtonien ordinaire. Soucieux d’éviter la moindre émission de gaz à effet de serre avec sa voiture à pétrole, il aura enfourché sa bicyclette et gagné son gratte-ciel onusien. Parvenu à destination, il aura escaladé les soixante-douze marches conduisant à son bureau et allumé son ordinateur. Avant même d’afficher ses innombrables courriels, la "toile" l’informe, en urgence, du départ d’une fusée intercontinentale nord-coréenne en direction de la capitale étasunienne. Instinctivement, il jette un regard vers le ciel. Trop tard. L’apocalypse est déjà sur lui. On voit par-là combien le monde marche à grands pas pressés vers son futur. Ici au tempo de la promenade de l’apprenti meunier de Franz Schubert, là au rythme de la marche de Radetzky de Johann Strauss, ailleurs à l’amble du pèlerin noueux comme un pied de vigne vers la basilique de Saint Jacques de Compostelle, plus loin en harmonie avec les slogans revendicatifs des manifestants de tous bords dans les rues des cités ou, plus paisiblement, à la mesure du balancement cahoteux du septuagénaire sur les layons de lisière.  Chacun marche à sa cadence. Ce qui laisse toujours bien des choses à penser. 

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22 septembre 2017

Obsolescence programmée.

22_septembre

       La mairie du village est en effervescence. Dressée au milieu d’un capharnaüm digne d’un vide-grenier de parents d’élèves, la secrétaire distille ses ordres à deux costauds aux bras encombrés d’un paquet volumineux. On la met où, madame Mireille ? interroge le plus âgé. Je demande innocemment de quoi il s’agit. De la nouvelle imprimante-photocopieuse, me réplique l’interpellée d’une voix acide. L’autre est déjà en panne ! Irréparable, soi-disant. Il m’a fallu trois ans pour m’y faire. Tout est à recommencer ! Notre brave fonctionnaire municipale n’est pas éloignée de penser que le fabricant lui-même aurait conçu sa machine de telle manière qu’elle expire au bout de la quatrième année pour le seul plaisir sadique d’alimenter ses cauchemars nocturnes. Si tel est le cas, ses intentions sont probablement plus mercantiles que perverses. Après enquête, diverses associations de protection du consommateur distrait auraient en effet détecté un logiciel malveillant dissimulé dans les entrailles des lave-linges, des sèche-cheveux et autres imprimantes d’ordinateur et fixant, dès leur sortie d’usine, leur date de départ pour la réforme. En termes savants, ils appellent ce procédé : programmer l’obsolescence. L’industriel qui s’y adonnerait pourrait bien sûr être poursuivi par la justice puisque la législation l’interdit. Il serait toutefois probablement relaxé tant la preuve de l’infraction semble difficile à apporter. Mais nul ne doute, en tout état de cause, que sa conscience d’honnête homme en serait profondément troublée sinon même affectée. Et pourtant ! La nature elle-même se livre elle aussi à cette pratique en toute impunité. Nombre de plantes qui naissent au printemps savent, dès leur premier cotylédon, qu’elles verront leurs fleurs à la beauté virginale butinées par de robustes bourdons, de délicates abeilles ou de fugitifs papillons et qu’elles dépériront ensuite avec l’arrivée de l’automne et des feuilles mortes. Leur mort est programmée. Les arbres eux-mêmes, en dépit de leur force et de leur puissance, subissent ce destin. Ils savent, dans leur sève, dans leurs branches, dans leurs racines et dès le premier anneau de croissance imprimé dans leur tronc que leur durée de vie ne dépassera pas, en moyenne, celle de leur famille. Il en est, certes, qui peuvent atteindre des âges canoniques tel le cyprès d’Abarqu en Iran qui sortit de terre alors que le pharaon Mentouhotep troisième du nom montait sur le trône d’Égypte ou tel le créosotier de Californie qui connut les débuts chaotiques de l’agriculture, il y a 12 000 ans. Mais non seulement, comme l’oublie souvent le boursicoteur ordinaire, les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel mais ils meurent à la date prévue par leur nature. Sapiens lui-même n’est pas épargné par cette dure loi d’airain. Quand il n’était encore qu’un chasseur-cueilleur arpentant les savanes africaines puis les plaines d’Asie et du Moyen-Orient, il célébrait rarement son quarantième anniversaire. Quelques sujets, plus chanceux, pouvaient parfois devenir quinquagénaires sinon même sexagénaires mais ils représentaient alors une charge bien lourde pour leurs proches. Aujourd’hui et nonobstant les pernicieux défauts de nos sociétés postmodernes du flux perpétuel, le Sapiens ordinaire vit, quant à lui, beaucoup plus longtemps. On voit même de musculeux centenaires chevaucher gaillardement leur vélocipède ou de tendres grand-mères boire leur petit verre de porto en guise de dessert. Mais les statisticiens n’en sont pas moins formels. Il ne resterait à ce jour à un citoyen français ordinaire né tout juste après la dernière guerre que 5200 jours à vivre. Et cette programmation laisse à ses héritiers perplexes bien des choses à penser.

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19 septembre 2017

Oser l'espérance.

19_septembre

      En trajectoire descendante et en phase décroissante, la lune autorise tous travaux au jardin hormis le semis et la greffe. La pluie gardera toutefois le jardinier au chevet de la correspondance entre Élisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut et à l’écoute recueillie de Johan Sibelius interprété au piano d’une main de velours par Arne Akselberg. Il n’en respecte pas moins auparavant sa rituelle visite matutinale à ses arbres et à son potager. Il est temps en effet d’établir un bilan des récoltes de l’été. Accompagnés de leur pineau charentais ou même d’un doigt de porto, les melons ont éclairé les apéritifs à l’ombre des sapins, concombres et aubergines ont joliment illustré les salades composées et petits pois et haricots verts ont somptueusement rempli les assiettes et les bocaux de conserve rangés sur l’étagère. Les pommes de terre se révèlent par contre plutôt pingres et les topinambours tout aussi mesquins. Mais l’ordre du jour n’est pas à la nostalgie. Il convient à présent de dresser les plans pour la saison prochaine. Le jardinier ne s’engage jamais que dans la perspective des moissons à venir. Le jardinier cultive l’espérance. C’est pourquoi on ne peut que regretter que notre monde d’aujourd’hui ne compte pas un plus grand nombre de jardiniers parmi les siens. Des expériences existent toutefois où des citadins adeptes de la permaculture ou autres bio-dynamies s’évertuent à faire pousser leurs légumes bios à domicile. Tomates de Marmande en jardinières sur les balcons en lieu et place des traditionnels géraniums, laitues batavia relayant les rosiers des bacs floraux municipaux, choux pommés et radis roses sur les toits des immeubles.  Mais de nombreuses précautions sont à prendre avant toute consommation, la plus importante étant de laver la collecte à grande eau afin d’éliminer les particules qui la recouvrent, nitrates, sulfates et carbonates, arsenics, phosphores et chlorures ainsi que divers métaux lourds tels que le plomb, le zinc, le chrome ou le cadmium. Ce qui a pour conséquence immédiate, et contraire à l’écologie la plus élémentaire, de provoquer une surconsommation d’eau potable alors même qu’elle devient chaque jour un peu plus un enjeu planétaire. Car le nombre d’êtres humains augmentant régulièrement et leur besoin de confort s’élevant d’une même courbe ascendante, il ne leur suffit plus d’un bain de pied à Pâques et à la Toussaint pour satisfaire à leurs exigences de bien-être. Il leur faut aujourd’hui des douches quotidiennes d’autant plus gourmandes en eau qu’il est alors indispensable de rincer abondement un épiderme fragile et délicat recouvert de gels, crèmes, onguents et autres baumes aux essences sauvages qui font paraître plus jeune. Le jardinier qui n’a pas la chance d’habiter une région de vertes prairies copieusement arrosées d’une pluie nombreuse et régulière, souffrait quant à lui et dès le mois de juin de restrictions préfectorales. Ne pouvant plus baigner ses plants de courgettes à volonté, il les regarda d’un œil chagrin dépérir lentement sous l’ardent soleil de juillet. Il se verra peut-être bientôt contraint d’éponger, goutte après goutte, les maigres traces de rosée nocturne tel un bédouin ordinaire au milieu de son désert de sable. Quel jardinier, fût-il même apprenti, aurait pu imaginer jadis un tel avenir pour ses poireaux ? La science ne lui prédisait que progrès irréversibles, perfectionnements sans limites, améliorations constantes et bonifications éternelles. Pour les âmes nostalgiques confrontées à ce rude chambardement climatique et rural, on comprend pourquoi le futur d’avant paraissait plus engageant. Ce qui nous laisse bien des choses à penser à propos de celui d’aujourd’hui.

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