Chroniques d'un vieux bougon

26 mai 2017

Marie Noèl, poésie

Marie_Noel

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23 mai 2017

Lune noire

23mai

        Le jardinage remonte à la plus haute antiquité. Ainsi, persuadé que l’opiniâtreté peut parfois conduire aux plus hauts sommets de l’Olympe sinon même à l’Élysée, _les exemples ne manquent pas_ Ascalaphos sarclait-il consciencieusement les allées du pouvoir afin que les dieux ne salissent pas leurs augustes orteils lors de leurs excursions divines. Las ! Un malheureux concours de circonstance s’en vint troubler son irrésistible ascension. Alors qu’entre deux RTT il se reposait sous un grenadier, il aperçut la belle Perséphone grignotant avec gourmandise le fruit de son arbre préféré. La gourmandise étant un vilain défaut, il témoigna de l’écart à son supérieur hiérarchique. Après délibération dans les rédactions divinement médiatiques, la fautive se vit condamnée, telle une gamine prise en flagrant délit de doigt dans le pot de confiture, à demeurer pour l’éternité dans les ténébreux replis de la campagne sarthoise. Le méchant rapporteur fut également sévèrement puni, ce qui est bien normal après tout : il fut transformé en chouette. Outre le fait que cette décision montre un réel manque de considération pour les rapaces nocturnes qui sont pourtant écologiquement si utiles, il condamna également les jardiniers à l’arrachage perpétuel des mauvaises herbes à sa place. Scandalisée par tant d’injustice, notre Séléné viendra alors à leur secours. Contrairement à Sisyphe qui pousse sans relâche son rocher comme un vulgaire bousier sa pelote d’excréments, le jardinier a en effet droit à un jour de repos lorsqu’elle se réfugie pudiquement derrière la Terre pour changer de quartier. J’ai donc décidé, l’autre jour, de suivre les conseils de mon livre de chevet de jardinier ordinaire : ne rien faire en lune noire. Car il ne faut pas s’y tromper. Jardiner bénévolement équivaut à un travail à temps plein. Ce qui explique pourquoi cette fonction est souvent attribuée aux retraités lorsqu’ils ne sont pas affectés à la garde de leurs petits-enfants ou aux voyages en car sur des routes sinueuses dans le cadre de la relance du tourisme régional. Regarder paisiblement s’épanouir ses semis assis sur son pliant comme un vulgaire pécheur à la ligne représente en effet pour le jardinier un objectif illusoire. Les professionnels du calendrier lunaire lui imposent à chaque jour une besogne spécifique. Hier, semer des choux verts, demain, des radis roses ou des haricots secs et après-demain des petits pois ronds. Sans oublier les pieds de tomates qui auront échappé aux méfaits de la lune rousse des saints de glace, les pieds de fenouil commun pour donner enfin du goût aux courgettes, la tétragone pour confectionner des gratins à la crème d’épeautre et les poireaux pour l’hiver qui sera rude selon les oignons, en dépit du réchauffement climatique universel. Ainsi, les journées se suivent et les travaux potagers, à l’image de ceux d’Hercule, s’enchaînent inexorablement sans autre issue pour le jardinier que l’obligation de recommencer encore et encore. Accompagner dame nature dans sa tâche nourricière n’est pas une sinécure. Ce serait même plutôt un véritable sacerdoce dont on ne mesure pas assez l’abnégation. Mais, lorsqu’en toute innocence vous empoignez pour la première fois votre sarclette, vous l’ignorez encore. Demain, pensez-vous, _car un jardinier pense aussi, _ demain est un autre jour et le soleil se lèvera bien ! Et le lendemain, il est déjà trop tard. Vous avez mis le râteau dans l’engrenage et la bêche sous le pied. Le bonheur est pastoral, dites-vous ? Certes, mais surtout dans un confortable fauteuil avec Marcel Proust en main et Mozart sur la chaîne hi-fi. Hélas, en mai, l’herbe fait elle aussi ce qu’il lui plaît le plus : elle pousse ! Je vais donc devoir de nouveau tondre la pelouse de mon courtil. Ce qui, en dépit des apparences, permet malgré tout de penser à bien des choses.

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19 mai 2017

Bernard Vargaftig, poésie

Jables

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16 mai 2017

Du rire.

16mai

      Mon chat César est d’un naturel sérieux. On peut même dire quelque peu pompeux parfois. Il y a longtemps qu’il ne s’étonne plus lorsque ma petite voisine Anaïs s’empare de sa gamelle pour la cacher sous le buffet. Ilpeut montrer de la contrariété lorsqu’elle pose un jouet sur sa chaise ou aligne ses poupées sur le canapé, là où il a décidé de s’allonger de tout son long pour savourer sa sieste. Il peut même choisir la fuite sous mon lit pour échapper à ses sollicitations. Mais je ne lui ai jamais connu la moindre ébauche de sourire. On sait depuis Rabelais que le rire est le propre de l’homme. On sait également que ses cousins chimpanzés ou gorilles peuvent rire eux aussi. Sauf bien sûr lorsqu’ils sont la cible des moqueries de leurs compagnons. Mais le chat ne rit pas. D’où vient ce handicap ? Une grande étude scientifique de la chercheuse australienne Kirsty Kitto montrerait que le rire ne serait en réalité que le résultat d’un vulgaire travail mental. Ainsi, vous ne provoquerez aucune réaction si, au cours d’une discussion autour de la machine à café et faisant référence à Molière vous proférez une évidence telle que "le nouveau Président marche sur ses deux jambes". Vous n’aurez en effet aucunement sollicité les chers neurones de vos collègues. Ils l’auront vu à la télévision et dans les journaux et auront constaté par eux-mêmes qu’en effet, il marche. L’homme, comme la femme d’ailleurs, marche généralement sur ses deux jambes et le fait ne mérite en rien de déclencher de longues investigations ou moins encore de profondes réflexions. L’encéphalogramme de vos collègues demeurera donc plat. Et vous aurez peut-être même la tentation d’ajouter "comme d’habitude" ! Par contre, si vous leur posez la fameuse devinette que l’on doit à Pierre Dac : "quelle différence y a-t-il entre un Président ?", vous observerez un véritable déchaînement de perplexité dans leur regard et leurs sourcils tenteront de se rapprocher en signe extérieur de concentration intellectuelle. Certains, arc-boutés sur la raison raisonnante et refusant de perdre pied, demanderont "et… ?". D’autres, habitués à votre mauvais esprit libertaire, esquisseront un sourire entendu, espérant faire croire qu’ils ont compris votre manigance et qu’ils ne tombent pas dans votre piège. D’autres consulteront leur montre et glisseront dans un soupir qu’ils ont une énième réunion de service ou qu’ils attendent un coup de téléphone. Un ou peut-être deux souriront franchement : ils connaissent la réponse. Soit ils pratiquaient déjà Pierre Dac dans les années cinquante du siècle dernier mais ils ne doivent plus être très nombreux de nos jours à fréquenter encore la machine à café d’un étage de bureaux administratifs. Soit leurs neurones auront réellement été activés, les conduisant à sortir de leur cadre formatif habituel. Mais combien sauront alors que leur cerveau a tout simplement fonctionné selon les grands principes de la mécanique quantique qui régit par superposition, intrication ou décohérence le fonctionnement des particules élémentaires ? Sans vouloir évoquer, même brièvement, le fameux paradoxe du chat d’Erwin Schrödinger pour le seul plaisir de paraître retomber sur nos pattes, il n’en reste pas moins intéressant de constater que ce rire qui nous a tant manqué dans les semaines passées ne serait dû qu’à un "décalage" dans la marche régulière d’un circuit neuronal devenu routinier. Le philosophe Jean Guitton disait que l’étonnement est source de pensée. Le rire pourrait-il alors s’en révéler la conclusion logique ? Voilà qui laisse bien des choses à penser.

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12 mai 2017

Léon-Paul Fargue, poésie.

Fargue

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09 mai 2017

Et après ?

Mars

       La lune est à la fois en trajectoire descendante et en phase croissante. Encore deux jours et, au faîte de sa luminosité, elle déclenchera la production des fameuses hormones qui poussent les loups garous à sortir du bois. Le jardinier, quant à lui, pourrait benoîtement poursuivre l’élagage de ses forsythias après leur floraison et la tonte de sa pelouse. Dans sa grande sagesse, il se contentera de planter ses poireaux et ses dahlias. Car d’autres tâches tout aussi importantes le requièrent dont la chasse aux taupes qui, on l’a vu, continuent à élever les pyramides dans les courtils afin de perpétuer dignement le souvenir des Égyptiens de l’antiquité. Or ces mêmes Égyptiens croyaient que Pharaon rejoignait le soleil après sa mort. Pour lui assurer le meilleur confort, ils investissaient alors dans une barque spéciale aussi richement décorée qu’un palais présidentiel et une chambre des députés réunis. Il disposait même d’une cassette remplie de menue monnaie pour le "cas où". (Il se serait évidemment bien gardé, lui, d’en racler jusqu’à la moindre piécette pour ajouter à son bas de laine personnel.) Cette volonté des adorateurs de Rê d’envoyer des hommes dans le cosmos s’est perpétuée, elle aussi, jusqu’à nos jours. À ceci près que l’on n’y expédie plus les Rois ou les Empereurs ni même les Présidents déchus. Aujourd’hui, ce sont de modestes citoyens comme vous et moi que l’on forme, éduque et entraîne à faire le grand voyage. Ingénieurs, mathématiciens, astronomes et autres physiciens conçoivent et élaborent à cet effet des vaisseaux spatiaux dont les coûts ne seraient d’ailleurs pas loin d’atteindre eux aussi des sommets pharaoniques. Plusieurs options étaient jusqu’ici en lice. Celle du plan "B" aurait aujourd’hui la priorité. On a vu, récemment, des plans "B" défrayer la chronique. Ils sont platement tombés à l’eau comme de vulgaires capsules spatiales. Soit, ici, à cause d’un excédent d’impétrants pour remplacer le titulaire du plan "A" devenu défaillant. Soit, là, à cause d’une trop grande confusion entre ses divers plans extra-monétaires qui en remise derechef le héraut dans les oubliettes électorales. En ce qui concerne le voyage interplanétaire hérité des Égyptiens de Gizeh, le plan "B" n’est, en réalité, que la suite logique du plan "A". Ce dernier prévoyait d’envoyer des touristes sur la lune. Il serait abandonné au profit d’une croisière sur la planète Mars. Les "phynanciers " qui apportent leur soutien à ce projet se sont en effet aperçus qu’ils pourraient décupler leurs marges bénéficiaires en vendant un rêve encore plus fou que celui du plan "A". Il existerait toutefois d’autres raisons jalousement gardées secrètes. Selon les tenants de la théorie du Grand Complot, un groupe d’individus manipulerait les décideurs.  Encore inconnus du grand public en dépit des investigations des réseaux sociaux, ces conspirateurs nourriraient dans l’ombre un dessein particulièrement diabolique. Plutôt que de propulser sottement des touristes sur la lune, ils ambitionneraient d’envoyer les élites politiques nationales et internationales vers Mars. L’expédition durerait beaucoup plus longtemps, les chances de survie se révèleraient bien plus aléatoires et celles d’un éventuel retour pratiquement nulles. Ils auraient ainsi tout loisir de prendre la place sur Terre des heureux excursionnistes. Nombre de questions demeurent encore sans réponses. Ainsi, comment seront choisis ces voyageurs ? En fonction de leur âge ? De leur apparence capillaire ? De leur eau de toilette ? Du coût de leur parfum préféré ? De leur taux de cholestérol ? En dehors de son aspect "grand nettoyage de printemps" qui ne peut que ravir la ménagère de la classe moyenne de plus cinquante ans, ce projet est-il bien raisonnable ?  Ne risque-t-il pas de heurter la sensibilité des écologistes toujours prompts à éviter la pollution sur la Terre comme au ciel ? Que deviendront les innombrables petits vizirs qui aspirent à devenir à leur tour Grands Califes ? Voilà qui laisse bien des choses à penser. 

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05 mai 2017

Paul Eluard, Poésie

liberte

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02 mai 2017

Le sort en est jeté

hibou

       Le sort en est jeté ! Non seulement demain ne sera guère différent d’hier mais les nuits seront aussi chahutées. Hector et Paris se sont en effet montrés, la nuit passée, aussi exubérants qu’une escouade de militants au soir d’une victoire électorale. Non que nous soyons en Tauride. La guerre de Troie a bien eu lieu, le fameux cheval a bien détourné la vigilance des combattants et la ville n’est plus qu’un amas de ruines archéologiques arpentées par des fouilleurs de pierres à la poursuite de leur avenir académique. Nous sommes bien, aujourd’hui, établis au cœur des Monts et noyés dans la brume matutinale d’un lever du jour frais et laborieux. En réalité, outre ses rhumatismes, ses loirs et ses grillons, ma maison héberge également deux vieux hiboux installés à demeure dans ses combles.  Ils respectent à l’ordinaire une courtoise discrétion, sortant au médianoche d’un vague bruissement d’ailes et ne rentrant qu’aux rives du matin pour une longue journée de sommeil. Mais ils ont, la nuit dernière, dérogé à leurs habitudes de bons pères de famille ! Sillonnant leur repaire de long en large d’un pas de juge à hermine au sortir de la salle des délibérations, se frottant ici contre une poutre ancestrale, bousculant là une figurine bantoue ayant servi, dit-on, à un vieux marabout vindicatif et rancunier, renversant ailleurs les œuvres complètes de Philippe Sollers. Puis, ils se sont envolés en grand ramage vers les frondaisons voisines qui ne tardent pas à résonner de leurs feulements sauvages. J’espérai jouir enfin d’une paix de propriétaire et sombrer dans un sommeil réparateur. Las ! Passé le temps trop court d’une bonhomme somnolence, ils reviennent arpenter, comme s’ils en voulaient estimer la solidité, les épaisses planches de chêne du parquet. Mais c’est pour ressortir bientôt dans  un sombre hululement propre à glacer le sang  du plus innocent des vampires des Carpates, rentrer de nouveau en soupirant comme un soufflet de forge de maréchal-ferrant confronté à un escadron de chasseurs à cheval de la garde républicaine et repartir derechef en ahanant comme une compagnie de portefaix réapprovisionnant un navire au long cours en partance pour l’ile d’Houat. Sur le matin, alors que l’aube dessine à peine de pâles esquisses au fronton des collines, un grand chambardement secoue, en guise de point d’orgue, la bâtisse toute entière. Un lourd silence s’ensuit, évoquant irrésistiblement l’atmosphère de la morne plaine de Waterloo après la funeste bataille. Lourd silence rapidement ponctué de piaillements impatients. Mes locataires auraient-ils transporté leur progéniture au-dessus de ma tête ? Voilà qui n’augure rien de bon pour les nuitées à venir. Mon chat César lui-même, après s’être longuement étiré, ignore d’un air grognon le fond de chocolat de mon bol de petit-déjeuner et les ageasses, dans leurs bouleaux, sont étrangement calmes, presque assoupies. Pourtant, comme écrit Jacques Rancourt, "La journée est bien partie pour durer". (*) Je vais donc devoir l’agrémenter d’un plaisir supplémentaire. Alors, je décide de suivre les conseils de la lune qui boucle justement son premier nœud du mois et de renoncer à tout labeur maraîché. Je glisse sur la chaîne hi-fi la magistrale Maria Callas dans le rôle de Violetta de la Traviata de Giuseppe Verdi. Pour le plaisir. Á condition, cela va de soi, de pouvoir dormir tout mon saoul la nuit prochaine. Mais ne bougonnons pas trop fort. Ces insomnies peuvent aussi être dédiées à la méditation et être l’occasion de réfléchir à l’avenir. Puisqu’il va falloir choisir ! On dit que la démocratie est le pire mode de gouvernement à défaut de tous les autres. En est-il ainsi pour le vote citoyen lorsqu’il en est réduit à accepter le "moins pire" des candidats ? Voilà qui laisse bien des choses à penser. (* lire dans la rubrique poésie.)

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28 avril 2017

Denis Wetterwald, poésie/chanson

quoique

 

Retrouver Denis Wetterwald ici

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25 avril 2017

Comme les taupinières

taupiniere

       On a vu qu’El Niño a récemment occasionné des chutes de pluie diluviennes sur le Pérou, provoquant inondations et coulées de boues meurtrières. L’hiver a également déversé ses averses sur mon courtil, attendrissant ainsi la terre de la pelouse. Mulots et campagnols en profitent pour creuser leurs interminables galeries. Merles, moineaux, mésanges et chardonnerets s’en donnent à cœur joie. Les petits monticules d’herbes et de mousses abandonnés par ces rongeurs souterrains sont leur cible favorite : on y trouve une belle concentration d’insectes et de lombrics. Ces derniers sont certes de précieux auxiliaires naturels, sinon même écologiques, en aérant la terre, en l’enrichissant et en apportant au gazon les nutriments indispensables à sa pousse ferme et régulière. Mais leur prolifération deviendrait rapidement néfaste sinon même funeste. C’est pourquoi, dans sa grande sagesse, la nature a invité les taupes à y mettre bon ordre. Lesquelles taupes creusent évidemment leurs propres tunnels pour accéder elles aussi à leur garde-manger. Elles sont d’habiles mineurs de fond et conjuguent la maîtrise des meilleurs ingénieurs pour l’agencement de leurs abris souterrains et la dextérité des excavatrices les plus performantes pour les forer. Il leur faut cependant à un moment ou à un autre se débarrasser des excédents de terre. Elles n’ont alors d’autre recours que de l’amonceler çà et là en petits monticules qui viennent ainsi ponctuer de taches marron la monotonie des moquettes gazonnées. Certaines années fastes, l’altitude des courtils de banlieue peut ainsi gagner quelques centimètres. Faussant d’autant les mesures savantes effectuées par les satellites les plus perfectionnés. Outre les pâquerettes et les fleurs de pissenlit, cinq ou six mamelons décorent donc ce matin ma belle pelouse au vert tendre. Ici ou là, une pie ou un corbeau y a déjà fouaillé d’une patte volontaire. Mais la plupart de ces éminences demeurent inviolées. Et depuis la fenêtre donnant sur ma terrasse, j’ai même l’impression que leurs constructrices se sont à chaque fois donné pour objectif d’édifier la plus élevée. Je ne saurais à vue d’œil les départager avec certitude. L’une d’elle me semble cependant mériter la plus brillante des médailles. Stratégiquement située à égale distance de la platebande de rosiers, des sapins de trente années d’âge et des bouleaux guère plus jeunes, elle évoque irrésistiblement la pyramide de Kukulcán dans la péninsule du Yucatan. En plus petit bien entendu ; mais une pyramide tout de même. Ce qui n’est pas rien ! À l’image des taupes, korrigans, lutins et farfadets, l’homme aime lui aussi à édifier des monuments à la gloire de ses divinités. Il a ainsi bâti des pyramides un peu partout sur la Terre. Puis il a érigé des immeubles avec ascenseur pour y loger les riches et les luxueux bureaux des vastes entreprises multinationales. Il convient, pour le prestige, d’exposer aux yeux de tous sa surface financière et sa capacité de nuisance. Mais cette époque ancienne qui ne connaissait pas encore la télévision, internet et le téléphone portable est révolue. À coup de discours, débats et autres distributions de tracts sur les marchés du dimanche matin, des petits futés se sont édifié de vastes royaumes de paroles et de vent. Mais vient toujours le moment où les courbes des baromètres ne suffisent plus. Comme pour les taupinières, il faut déterminer sérieusement le plus haut, le plus solide et le plus riche de promesses tenables. Et comme pour les taupinières, pies, corbeaux et électeurs se font alors un malin plaisir d’égratigner les plus prétentieux, les plus volatiles et les plus inconsistants. Le concours n’est pas terminé. Reste une dernière étape. Le proverbe bantou dit que le sage lit l’avenir dans le regard des enfants. Gageons qu’une certaine forme de sagesse conduira les jardiniers à rejeter le retour nostalgique au passé du "c’était mieux avant" et à choisir le bulletin qui organise au mieux l’avenir. Ce qui laisse bien des choses à penser.

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