Chroniques d'un vieux bougon

19 juillet 2017

Proverbe bantou

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15 juillet 2017

Paulette Comte, poésie

Lire, tout simplement

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12 juillet 2017

Proverbe bantou

      Alexandre Vialatte écrivait que la femme remonte à la plus haute antiquité. Il avait évidemment raison et cela montre, une fois de plus, à quel point la nature est bien faite. Car, comme dit le proverbe bantou…. 

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ce qui laisse bien des choses à penser.

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05 juillet 2017

Proverbe bantou

         Remontant, selon Alexandre Vialatte, à la plus haute antiquité et manifestement d’origine populaire, le proverbe bantou est l’expression même d’une pensée aiguisée par le bon sens, la mauvaise foi et la poésie qui lui confèrent toute la richesse culturelle qui le caractérise. À suivre au fil de l’été, quelques exemples qui laissent bien des choses à penser.

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27 juin 2017

Vivre à la campagne

27juin

        Aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfance et d’adolescence, les vacances scolaires sont synonymes de travail à la ferme.  Couper le trèfle et la luzerne et cueillir les pissenlits pour les lapins, conduire les vaches au pré, donner leur orge aux poules et ramasser les œufs, tourner la manivelle de l’écrémeuse puis celle de la baratte à beurre, donner leurs rations de petites pommes de terre et d’eau de vaisselle aux cochons et jouer de la binette pour arracher les mauvaises herbes dans le jardin potager. L’entrée au collège apporte sa liste de promotions : traire les vaches, sortir le fumier de l’étable, tirer les fils barbelés pour reconstituer une clôture usagée, tailler les haies, couper les chardons dans les près, faire les andins à la fenaison, entasser les remorques de paille à la moisson, arroser les salades et les poireaux au jardin potager tout l’été, ramasser les pommes de terre en début septembre et les pommes à cidre aux vacances de Toussaint. C’est assez dire combien la rentrée scolaire était attendue avec impatience. Mais c’était avant. Lorsque la société était encore rurale. Les citadins eux-mêmes, en dépit de leurs grands airs, avaient encore leurs racines dans les champs. Leurs ancêtres aujourd’hui se meurent et les campagnes se vident. On rogne certes encore sur la bonne terre arable pour y édifier des habitations mais elles sont destinées aux rurbains et parquées dans des enclos soigneusement gazonnés et tondus reliés par de belles routes goudronnées à des ronds-points fleuris conduisant directement aux supermarchés. Ils ne risqueront pas ainsi de maculer de boue sinon même de bouse leurs escarpins Louboutin ou leurs mocassins Bugatti.  La campagne a changé et rares sont les gens de la ville qui s’y établissent à présent en dehors des émigrés de l’intérieur qui veulent épuiser au Pays leurs derniers beaux jours. Et pourtant, parvenu à l’âge adulte et supposé avoir atteint une sage maturité, je suis revenu au milieu de mes vertes prairies. Perdu entre clos et bois en lisière d’une vallée égarée au cœur des Monts, mon courtil s’est taillé une place de choix. On y entend encore le caquètement des poules du lever au coucher su soleil, les harangues des coqs dès que l’aube caresse les courbes alanguies des collines, les bêlements des brebis qui appellent leurs agneaux, les plaintes des agneaux qui appellent leur mère et les meuglements des vaches à la recherche de leur veau ou de leurs congénères. Sans oublier les aboiements des chiens dans les fermes alentour, les feulements des hulottes à la lueur glauque de la lune, les croassements des choucas qui gardent le clocher de l’église et la sonnerie des cloches qui égrènent les heures. Il faut, pour pénétrer ce paradis champêtre, s’armer de belle patience derrière des tracteurs immenses qui encombrent les petites routes chaotiques héritières des étroits sentiers d’autrefois. Mais c’est alors l’occasion de se plonger dans leur sillage dans de longues minutes de méditation sur les effets nocifs de l’impatience citadine. On y respire certes parfois de vilaines odeurs d’humus et de feuilles mortes mais on hume aussi des parfums d’aubépine et de lilas au printemps, de blé mûr et d’herbe sèche à l’été, de piboulades aux fragrances de noisette et de cèpes de Bordeaux à l’automne et on jouit, toute l’année, du bon air des arbres. On peut encore y croiser le renard, la biche ou l’écureuil roux, surprendre une compagnie de perdrix à l’orée d’un buisson, une harde de sangliers revêches à l’ombre des halliers et, dans les fourrés, la fauvette et le rossignol, la mésange et la bergeronnette. La saison des transhumances estivales arrive. Quelques nostalgiques du temps de leurs culottes courtes ignoreront pendant quelques jours les plages surpeuplées pour respecter un détour par la masure de la Grand-mère décédée en maison de retraite il y a vingt ans. On leur souhaitera un heureux séjour au pays des coquelicots et des bleuets à l’ombre des futaies centenaires et dans la fraîcheur des dernières sources sauvages au murmure ensorcelant. Peut-être y apercevront-ils quelque farfadet, korrigan ou elfe des ruisseaux. On dit qu’ils exaucent les vœux de celles et ceux qui ont gardé au cœur leur innocente âme d’enfant. Ils laissent, en tout état de cause, bien des choses à penser aux poètes et aux rêveurs.

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24 juin 2017

André Duprat, poésie.

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 Le nouveau recueil de poésie d'André Duprat publié chez Jacques Brémond

avec des encres originale de Robert Lobet

(Le manuscrit  de cet ouvrage a reçu la Bourse de Création contemporaine Gina Chenouard en 2014

décernée par la Société des Gens de Lettres)

On peut retrouver André Duprat ici

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20 juin 2017

Conseils en cas de canicule.

20juin

     À l’époque lointaine où je fréquentais encore l’école communale, l’un des élèves était désigné par le maître pour relever, chaque matin, les températures extérieures et noter sur un cahier les caprices du baromètre de Bourdon. Il suffit, de nos jours, de consulter les services de la météorologie sur internet ou d’écouter religieusement la "dame de la météo" à la Télévision. Elle se montre hélas si peu précise que je ne l’ai jamais entendue m’informer de la température dans mon courtil. Elle peut, par contre, non seulement me donner celle que je pourrais constater, comme hier, sur mon propre thermomètre accroché à son clou au montant de la porte de ma cuisine mais également celle que je ressens. En effet, et Loulou le filou le regrettait lui aussi l’hiver dernier, les thermomètres extérieurs n’ont aucun état d’âme. Ils ne constatent jamais que l’état de dilatation des atomes de mercure prisonniers du tube de verre qui les accueille. Qu’il gèle à pierre fendre ou que la canicule s’abattent sur votre maison, il ne vous renseignera jamais sur votre ressenti. On voit par-là combien il est important de subir les publicités qui précédent le Journal Télévisé. Sans lui, vous ne sauriez pas exactement de quoi vous plaindre. Or, s’il suffit de se réfugier devant sa cheminée où ronfle une belle flambée de frêne ou de châtaignier lorsque vous ressentez du froid, l’attitude à adopter en cas de chaleur dépassant les "normales saisonnières" est plus complexe. Cependant, si vous parvenez à écouter la présentatrice du dit Journal Télévisé jusqu’au bout sans vous assoupir, vous pourrez entendre les précieux de conseils des spécialistes de la rédaction sinon même dépêchés tout exprès du grand Hôpital National et Européen tout proche. Ainsi, si vous travaillez sur des chantiers extérieurs comme les voies de chemin de fer, les constructions d’immeubles ou de maisons particulières ou d’adduction d’eau, de gaz et d’électricité, on vous conseillera de demeurer à l’ombre. Hélas, les travailleurs qui exercent ces saines acticités de grand air sont rarement disponibles aux bonnes heures. C’est pourquoi vous en verrez toujours qui, bravant les meilleures recommandations, continuent à s’exposer aux rayons du soleil et à leurs terribles ultra-violets. Si vous exercez votre profession dans un bureau, choisissez de préférence une entreprise assez cossue pour offrir à son personnel un lieu de travail climatisé et même, si possible, paysagé de plantes vertes telles que sansevieria et autres pléomèle ou, mieux, de plantes dépolluantes telles les crassula et les rhipsalis. (Attention, les DRH ne savent pas toujours si c’est le cas, se renseigner alors auprès des délégués syndicaux). Si vous avez atteint l’âge canonique de la retraite, il vous sera conseillé de rester assis sur votre canapé. Mais comme il vous faut aussi marcher pour stimuler votre circulation sanguine et soigner votre diabète, vous devrez malgré tout faire quelques pas.  Ne sortez alors qu'à "la fraîche" et dument coiffé de votre chapeau. Le chapeau de paille est, à ce titre, fortement recommandé contrairement au bonnet de toile. Il favorise en effet l’évaporation de la sueur qui, si elle s’accumulait, risquerait de hâter la chute de vos derniers cheveux blancs. En tout état de cause et en toutes situations, il est évidemment préconisé de boire. Et de boire beaucoup. Donnez la priorité à l’eau. Mais si votre voisin toque à votre porte pour s’enquérir de votre santé, vous pourrez alors déboucher la bouteille de vin rosé que vous aviez glissé dans votre réfrigérateur. À condition, bien sûr de n’en user qu’en bon père de famille et avec modération. On voit par-là combien la situation caniculaire actuelle laisse bien des choses à penser. 

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13 juin 2017

Aucune tête ne doit dépasser.

13juin

       J’abandonne Emmanuel Chabrier et sa "Joyeuse marche" de circonstance pour m’en aller, flamberge au vent, saluer les arbres de mon courtil et donner à ma chèvre naine sa friandise de pain dur. Accompagné de son cortège de grondements de tonnerre et de bourrasques, un orage s’est abattu, hier soir, sur la région. L’air est à présent calme et serein, presque recueilli. Comme si merles et moineaux hésitaient encore à sortir de leurs caches. Quelques feuilles d’érable jonchent la pelouse et des branches mortes de bouleaux dessinent de fins traits noirs au milieu des pâquerettes. Rien que de bien habituel en pareilles circonstances. Lorsque j’aperçois une masse sombre inattendue au pied des sapins. Je distingue bientôt, ouvrant sur le ciel au bleu d’azur, une déchirure béante là où s’enorgueillissait la tête de l’un d’eux. Elle gît à présent sur le sol. Un peu plus loin, une autre éclaircie m’alerte. Là aussi s’étale sur le sol un amas verdâtre de branches brisées et déchiquetées. Là aussi, la tête a été arrachée et jetée à terre. Le temps d’un gros soupir de regrets et je rejoins ma chèvre naine réfugiée dans sa bergerie. Elle rechigne à sortir. Comme si les déchaînements de la nuit précédente risquaient de se reproduire. Le son de ma voix la rassure malgré tout et elle s’enhardit enfin à affronter l’extérieur. Quelques caresses et un quignon de pain finissent par l’apaiser. C’est à cet instant que je remarque que l’une des branches maîtresses d’un sapin isolé en lisière du courtil caresse les herbes hautes et les fougères. Décidément, mes sapins paient un lourd tribut à l’agitation de la veille. J’ai commencé à les planter il y a une trentaine d’années environ à raison de deux ou trois par an. Ils ont constitué au fil du temps une barrière efficace contre les grains venus de l’océan. La terrible tempête de 1999 elle-même, qui a vu la nature faire son grand ménage séculaire, n’avait pas osé les bousculer. Ils font à présent un arrière-plan sombre devant lequel s’épanouissent, les uns après les autres, arbustes à fleurs et vivaces diverses et représentent un havre de fraîcheur bien venu lorsque la canicule s’installe. Mais ambitionnant peut-être d’égratigner les nuages, ils continuent sans relâche à se hausser du col. Soucieux d’égalité comme d’archaïques socialo-communistes du siècle dernier, les vents d’ouest froncent aujourd’hui les sourcils. Le moindre coup de vent leur offre une belle occasion de balayer une ou deux têtes qui dépassent. Je manque rarement d’aller saluer mes arbres. Je m’enquiers de leur santé, je leur parle du temps à venir et des événements du monde et je partage avec eux mes humeurs du jour. Et j’ai alors l’impression qu’ils s’inclinent amicalement vers moi du haut de leurs trente mètres comme pour mieux entendre les compliments que je leur adresse. En réalité, sans doute tentent-ils de me dire leur angoisse face à ce réchauffement climatique qui les fragilise. Ils souffrent en effet et pleurent de grosses larmes de sève qui se répandent en poisseuses traînées blanchâtres tout au long de leur tronc. La "grande forêt" comme dit ma petite voisine Anaïs qui aime tant à y promener sa poupée se transforme peu à peu en une lugubre nécropole. Je croyais n’avoir plus pour la saison qu’à repiquer mes semis et à les regarder benoîtement s’épanouir et fleurir en paix. Me voici contraint de reprendre mes gants de bûcheron, d’empoigner ma scie et ma serpette et de couper, d’émonder, de tailler et de me métamorphoser ensuite en mulet du Poitou pour entasser les belles ramures aux jeunes pousses au vert tendre au fond du courtil. Quel gâchis ! On dit que le monde est en marche vers un charivari climatique inextricable et imprévisible. Certains ne le croient pas. Pour moi, ma religion est faite. Non seulement la science et ses mesures le constatent chaque jour mais j’en lis moi-même les conséquences jusque dans mon modeste courtil égaré dans sa vallée perdue au cœur des Monts. Un charivari qui devrait laisser à chacun bien des choses à penser. 

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10 juin 2017

Ils parlaient de foot.

10juin

        Le 10 juin 1944 aurait pu être une journée ordinaire pour le modeste bourg d’Oradour sur Glane, en Limousin. Le soleil inonde la campagne. Les vaches sont dans les prés où l’herbe est grasse. Il y aura du foin cette année. Les enfants sont à l’école. Les femmes font quelques courses à l’épicerie ou chez la mercière, hauts lieux de rencontres avec l’église. Le maréchal-ferrant et le docteur échangent quelques mots au sujet d’une cohorte motorisée de l’armée allemande remontant vers la Normandie où les alliés ont débarqué quatre jours plus tôt. Mais on ne s’en inquiète pas outre mesure ici. Les Boches semblent bien trop pressés de gagner leur nouveau front pour s’attarder dans un village sans histoire. Pourtant, vers 14 heures, un détachement du premier bataillon du quatrième régiment de Panzergrenadier "Der Führer" de la panzerdivision de la Waffen SS "Das Reich", se présente. Sous le prétexte de contrôler l’identité des habitants, ils les rassemblent sur la place du Champ de Foire. Après discussion avec le maire qui tente l’impossible pour protéger ses administrés les femmes et les enfants sont conduits jusqu’à l’église. Les hommes sont regroupés et entraînés vers les garages, les granges et les remises. Le Stuhrmann führer, soi-disant à la recherche d’un dépôt de munitions, ordonne une perquisition générale. L’attente est longue. Assis dans le foin, les jeunes discutent à propos du match de foot prévu pour le lendemain. Les SS, armes sur l’épaule, semblent décontractés et chahutent entre eux. (La plupart ont entre 18 et 20 ans.) Les mitrailleuses orientées vers les lieux ont sont parqués les hommes représentent la seule vraie menace. Soudain, une détonation retentit. Les SS se ruent sur leurs armes et font feu. Ils tirent pour tuer. Hommes, femmes et enfants. Pas de survivants ! Ils recouvrent les corps des hommes de paille et de fagots et y mettent le feu. Dans l’église, ils disposent une caisse de fumigènes dans le but d’asphyxier les femmes et les enfants. À moins que ne soit pour ne pas voir leurs corps s’effondrer car ils ouvrent les portes et mitraillent à l’aveuglette. Le village est ensuite incendié, méthodiquement, maison par maison, hangars, remises, appentis. Dans sa rage meurtrière, la force brune ne veut pas laisser de traces. Lorsqu’ils reprennent leur route vers le nord, les SS abandonnent derrière eux 642 victimes. Une femme et cinq hommes survivront malgré tout. Robert Hébras est l’un d’eux. Interrogé par Laurent Borderie, il raconte, une fois de plus, les événements tels qu’il les a vécus dans un beau livre témoignage, "Avant que ma voix ne s’éteigne". « Lorsque je me promène ici, dit-il, je ne vois pas le même paysage que vous. Je vois un village intact, celui que j’ai connu, jusqu’au jour où les SS sont arrivés ». Et malgré l’émotion qui l’étreint à chaque fois, Robert Hébras parle. Il s’en est fait un devoir. Il parle aux jeunes des écoles, des collèges et des lycées français comme aux jeunes allemands, à celles et ceux qu’il guide à travers les ruines, à la radio, à la télévision. Il raconte encore et toujours. Simplement. Avec ses mots à lui. Comme on l’a vu en septembre 2013 raconter, une fois de plus, aux présidents François Hollande et Joachim Gauck l’enfer qu’il a vécu et le martyre de son village. Parce que, comme disait le Général de Gaulle, "il ne faut plus jamais qu’un malheur pareil se reproduise". (Lire "La page de catéchisme" d’Albert Valade aux éditions de la Veytizou et "Avant que ma voix ne s’éteigne", de Robert Hébras, propos recueillis par Laurent Borderie, Elytel éditions)

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06 juin 2017

Le nomadisme sédentaire du marcheur immobile.

6juin

 

        Jacques Attali était formel : demain sera nomade. Il en avait même écrit tout un livre. Mais Jacques Attali est capable d’écrire trois livres de huit cents pages par an. C’est un expert en tout. Aujourd’hui, les spécialistes sont eux aussi formels : aujourd’hui est communication. L’art du commerçant est de réunir les deux prophéties pour en un faire un négoce lucratif. Ainsi du téléphone portable qui permet de converser avec un interlocuteur tout en marchant au milieu de son courtil ou, même, en allant donner leur friandise quotidienne aux chèvres naines. Le sémaphore ne permettrait pas une telle liberté. Il faut hélas régulièrement relier l’appareil à l’électricité. Ce qui relativise grandement l’autonomie du geste et oblige par ailleurs les écologistes à planter des éoliennes sur les collines pour ravitailler en énergie les citadins déconnectés. Mais ne bougonnons pas contre un progrès manifestement en marche vers l’avenir. C’est ce que m’a affirmé, hier, une charmante voix féminine en me vantant, au téléphone, les bienfaits des tablettes de lecture. On ne se déplace plus, de nos jours, pour vendre du nomadisme. Vous pourrez lire n’importe quoi n’importe où, assure-t-elle ! Les bibliothèques, dis-je, ont précisément pour fonction de prêter des livres que vous pouviez lire en tous lieux et par tous temps ! D’accord, mais quand vous aviez fini de lire le livre, vous en faites quoi ? Ben, je vais le rendre ! Avec la tablette, vous n’avez même plus besoin de vous déplacer ! Voilà effectivement un progrès considérable ! Le nomade devenu sédentaire se transforme désormais en marcheur immobile ! Une image m’interpelle. Je m’imagine pédalant avec énergie sur ma bicyclette fixée au sol dans le but d’activer la dynamo qui fournit le courant électrique à ma tablette de lecture. La situation ne manquerait pas d’être cocasse pour qui a connu les textes imprimés et reliés in folio propres à être déclamés à gorge déployée en parcourant à longues enjambées des allées forestières assidument fréquentées par des chevreuils, des lapins et des écureuils roux. Bien que les écureuils roux soient plutôt étourdis. Ils ont en effet tendance à oublier les caches où ils ont entreposé leurs provisions de glands, faînes et autres noisettes. Il s’agit souvent de simples trous creusés entre les racines d’un châtaignier ou d’une discrète cavité pratiquée dans l’écorce d’un chêne centenaire. Hélas, à peine l’écureuil roux a-t-il dissimulé son magot sous un petit tas de mousse et de feuilles mortes qu’il en oublie les coordonnées. Ce qui l’oblige, faute de GPS fiable, à adopter une certaine forme de nomadisme puisqu’il est, par nature, en quête perpétuelle de nouvelles réserves et de nouveaux coffres forts. Mais semer la perturbation en milieu sauvage risquerait d’être considéré comme écologiquement répréhensible. Contentons-nous donc du modeste rétro-progrès qu’offre la tablette de lecture. Je parle ici de rétro-progrès comme on parle ailleurs de croissance négative. Après avoir assisté aux joutes télévisuelles opposant les opposants au nouveau régime qui n’est pas encore tout à fait en place, le citadin ne manquera pas, bientôt de célébrer Cuvier. À bord de son automobile, il quittera l’agitation brouillonne de la ville pour celle des bords de mer. On appelait autrefois cette manifestation de nomadisme la transhumance estivale en référence à celle des moutons vers les estives. Or les moutons, de nos jours, adoptent de plus en plus la transhumance casanière. Ce qui montre que nomadisme et sédentarité sont les deux faces d’un même phénomène que les l’ophiologues appellent doctement le syndrome du serpent qui se mange la queue. Ce qui ne saurait être le cas pour une chronique sans queue ni tête. Tout en prétendant laisser, malgré tout, bien des choses à penser.

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